La fin d'une ère pour la prévention routière en Lot-et-Garonne
Une page importante de l'histoire de la sécurité routière dans le Lot-et-Garonne vient de se tourner définitivement. L'association villeneuvoise Laurent, Nathalie et les autres (LNA 47), qui œuvrait depuis plus de vingt-trois ans dans la prévention routière auprès des jeunes, a été officiellement dissoute. Cette décision douloureuse a été prise par son président fondateur, Émile Davelu, qui a dû se résoudre à mettre un terme à cette aventure humaine et citoyenne.
Une association née d'un drame personnel
Créée en février 2002, LNA 47 portait les prénoms de deux jeunes villeneuvois, Laurent et Nathalie, tragiquement décédés sur les routes du département en 2001. Cette association avait pour mission principale de sensibiliser les adolescents aux dangers de la route, en intervenant régulièrement dans les collèges et lycées de toute la région Nouvelle-Aquitaine.
Pendant plus de deux décennies, les bénévoles de LNA 47 ont abordé sans tabou tous les sujets liés aux comportements à risque sur la route :
- La consommation d'alcool et ses effets sur la conduite
- La prise de stupéfiants et leurs conséquences
- L'inhalation de protoxyde d'azote (gaz hilarant)
- L'utilisation du téléphone au volant
- Les vitesses excessives et le non-respect des distances de sécurité
Une méthode pédagogique marquante
Chaque journée de prévention suivait un déroulement bien établi et particulièrement efficace. La matinée était consacrée au visionnage de vidéos choc et surtout au témoignage poignant de Mickaël Martin, victime d'un grave accident de la route qui l'a laissé handicapé à vie.
« Quand Mickaël parlait, dans la salle, on pouvait entendre les mouches voler », se souvient Alain Feret, adhérent historique de l'association. Cet instant de silence absolu témoignait de l'impact profond de son récit sur les jeunes auditeurs.
L'après-midi, place aux ateliers pratiques avec des simulations de conduite sous emprise. Les élèves expérimentaient notamment le port de lunettes spéciales reproduisant la vision altérée d'une personne en état d'ébriété. Si ces activités ludiques intéressaient les adolescents, c'était bien le témoignage de Mickaël qui les marquait durablement.
L'objectif : choquer pour faire réfléchir
La philosophie de LNA 47 était claire : choquer pour faire réagir. L'association ne cherchait pas à édulcorer la réalité, mais au contraire à montrer aux jeunes les conséquences dramatiques et irréversibles des comportements à risque sur la route. Le but ultime était de leur éviter de reproduire les erreurs qui avaient coûté la vie à Laurent et Nathalie.
Cette approche directe, combinant témoignages personnels et expériences sensorielles, avait fait ses preuves auprès de milliers d'élèves rencontrés au fil des années.
La relève qui n'est jamais venue
Malheureusement, malgré son succès pédagogique, LNA 47 n'a pas trouvé de repreneur pour poursuivre sa mission. Émile Davelu, vieillissant, voyait la charge de travail devenir de plus en plus lourde. Parmi les 350 adhérents que comptait l'association à son apogée, personne ne s'est porté volontaire pour prendre la relève.
« L'histoire de LNA 47 s'arrête là, faute de combattants pour assurer la relève de ce magnifique voyage pour la vie sur la route », a déclaré avec émotion le président fondateur en annonçant la dissolution.
Un contexte départemental préoccupant
La disparition de LNA 47 intervient dans un contexte où la sécurité routière reste un enjeu majeur en Lot-et-Garonne. En 2025, la préfecture du département a recensé 320 accidents ayant causé 27 décès et 382 blessés.
« Des chiffres qui n'augmentent pas drastiquement depuis plusieurs années mais qui ne baissent pas non plus… », remarque Alain Feret avec inquiétude. Ces statistiques positionnent malheureusement le Lot-et-Garonne comme le département le plus touché de la région Nouvelle-Aquitaine en matière d'accidents de la route.
La dissolution de LNA 47 laisse ainsi un vide dans le paysage de la prévention routière locale, alors que les besoins en sensibilisation des jeunes conducteurs restent plus que jamais d'actualité. Vingt-trois ans d'engagement bénévole, des milliers de jeunes sensibilisés, mais aucune structure pour prendre le relais : telle est la triste conclusion de cette aventure associative née d'un drame et consacrée à sauver des vies.



