Les lycéens sont deux fois plus nombreux qu'il y a dix ans à vapoter, mais ils restent peu informés sur les risques encourus, regrette Ivana Obradovic, directrice adjointe de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).
Une augmentation marquée au lycée
Dans une étude publiée le 29 avril, l'OFDT s'est penché sur l'usage de la cigarette électronique chez les jeunes. Ivana Obradovic explique ce focus : « Nous observons une augmentation marquée au lycée, tant pour l'expérimentation, passée de 35 % en 2015 à 46 % en 2024, que pour l'usage quotidien, qui a plus que doublé en six ans, passant de 2,8 % en 2018 à 6,8 % en 2024. »
Inversion de la tendance filles-garçons
Un autre constat frappant est l'inversion de la tendance entre filles et garçons. « Il y a dix ans, les garçons expérimentaient davantage. Aujourd'hui, les filles les ont dépassés. C'est une rupture majeure car, historiquement, les garçons sont plus consommateurs de produits addictifs », souligne la directrice adjointe.
Un usage différencié selon les filières
L'étude pointe également un usage différent entre lycées professionnels et généraux. « L'augmentation est bien plus forte en lycée professionnel (10 % de vapoteurs quotidiens) qu'en lycée général et technologique (5 %). Les élèves socialement moins favorisés sont donc deux fois plus nombreux à vapoter quotidiennement. Il y a un gradient social et scolaire sur le sujet », précise Ivana Obradovic.
Vapotage, tremplin vers le tabac ?
La question de savoir si la cigarette électronique est un tremplin vers le tabac classique reste complexe. « Cependant, nous constatons que les fumeurs de cigarettes classiques ont désormais plus souvent commencé par le vapotage que par le tabac. Le risque majeur reste la nicotine, responsable de la dépendance. Elle peut mener les jeunes vers les cigarettes manufacturées ou le tabac à rouler. Le problème, c'est que la plupart du temps, les jeunes ignorent ce qu'ils vapotent, car l'information sur les produits peut être absente ou floue », explique-t-elle.
Les « puffs » toujours présentes malgré l'interdiction
Les « puffs » sont interdites depuis 2025, mais elles restent au cœur du sujet. « Malgré l'interdiction, elles restent commercialisées et accessibles. Leur marketing est redoutable : produits très colorés, couleurs pastel pour attirer les filles, et des arômes de fruits ou de pâtisserie. Surtout, leur prix est très bas, contrairement aux cigarettes électroniques qui demandent un investissement initial. Pour beaucoup de lycéens, la puff est la première porte d'entrée. D'après notre enquête, un lycéen sur cinq a déjà expérimenté une puff », indique Ivana Obradovic.
Risques sanitaires réels
Les risques sanitaires du vapotage pour les jeunes sont souvent sous-estimés. « Le marketing donne une image inoffensive, mais les risques sont réels. À court terme, cela peut provoquer un essoufflement, surtout sur des terrains pulmonaires fragiles. À plus long terme, l'Anses souligne que si le vapotage peut aider les adultes au sevrage, il est strictement déconseillé pour tous les mineurs, quel que soit le dispositif », rappelle-t-elle.
L'objectif gouvernemental est d'atteindre une génération sans tabac d'ici à 2032. Si le tabagisme classique est en recul chez les jeunes (moins de 5 %), le vapotage risque de « renormaliser » l'acte de fumer.
Un manque de données sur le dialogue familial
Enfin, Ivana Obradovic regrette le manque de données sur la manière dont les parents abordent le sujet avec leurs enfants. « Nous manquons de données qualitatives et d'enquêtes sociologiques pour comprendre le dialogue au sein des familles, les motivations profondes des jeunes et la manière dont s'installent ces habitudes. »



