Un parcours scientifique hors des sentiers battus
Avec un curriculum vitæ pour le moins baroque et un parcours académique tout sauf linéaire, le Dr Paul Bastard détonne dans le paysage des chercheurs engagés dans la lutte contre le cancer. Ce scientifique de 35 ans, reconnaissable à ses lunettes rondes et sa chemise Oxford portée sous la blouse blanche, affiche déjà un retard de trente minutes en cette matinée printanière. Il avoue lui-même ne pas être un spécialiste des tumeurs, déclarant : « Je n'y connais pas grand-chose, je ne suis ni oncologue ni épidémiologiste ». Pourtant, c'est précisément de ses travaux et de ceux de ses équipes que pourraient émerger certaines des futures révolutions en cancérologie.
Une reconnaissance majeure pour un projet de rupture
Début mars, ce pédiatre parisien, chercheur à l'Institut Imagine, a été distingué par l'obtention d'un Cancer Grand Challenge, une bourse de recherche ultra-compétitive qui récompense exclusivement les projets scientifiques les plus innovants et disruptifs. L'ironie de la situation réside dans le fait que le tout premier Français à décrocher cette prestigieuse bourse n'est autre qu'un chercheur considéré comme un profane dans le domaine spécifique du cancer.
À partir du 1er mai, date du lancement officiel de ses travaux, le Dr Bastard disposera d'un financement substantiel de 25 millions de dollars. Sa mission est aussi ambitieuse que précise : comprendre pourquoi certaines personnes, pourtant fortement exposées aux facteurs de risque, ne développent jamais de tumeur au cours de leur existence. Cette question constitue l'un des mystères les mieux gardés de l'oncologie moderne.
Un parcours scientifique fait de détours et d'audace
Dès ses débuts professionnels, Paul Bastard a emprunté des chemins inhabituels. Après des passages à l'hôpital Necker (AP-HP) et à l'université américaine Rockefeller, il rejoint l'équipe du professeur Jean-Laurent Casanova, une sommité dans le domaine de l'immunologie. Loin de suivre un parcours conventionnel, il oriente initialement ses recherches sur le virus de l'herpès avant d'opérer un virage spectaculaire en pleine pandémie de Covid-19 pour se consacrer à l'étude du coronavirus.
Ses premiers travaux ont rapidement porté leurs fruits. Avant même de soutenir sa thèse, le jeune chercheur fait une découverte significative : certains cas graves de Covid-19 présentent des dysfonctionnements majeurs du système immunitaire. « Au lieu de lutter contre le virus, les cellules immunitaires s'attaquent entre elles, laissant ainsi le champ libre à l'infection », explique-t-il avec pédagogie, un café à la main, entouré de dossiers médicaux dans son bureau du quatrième étage de l'Institut Imagine, situé dans le XVe arrondissement de Paris.
L'impertinence comme moteur de l'innovation
Qui de mieux qu'un chercheur impertinent, refusant les dogmes établis, pour renverser les paradigmes scientifiques ? Le parcours du Dr Bastard illustre parfaitement cette conviction. Son approche transversale, son refus de la spécialisation excessive et sa capacité à faire des liens entre des domaines apparemment éloignés pourraient bien être les clés qui permettront de percer l'un des secrets les mieux gardés de la biologie du cancer.
Alors que la communauté scientifique observe avec attention les prochaines étapes de ses recherches, une question demeure : cette vision décalée et cette méthodologie non conventionnelle parviendront-elles à élucider pourquoi certains organismes résistent miraculeusement au développement de tumeurs ? La réponse pourrait bien redéfinir notre compréhension fondamentale de la cancérogenèse et ouvrir la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques.



