Télévision pendant les repas : un frein au développement du langage des enfants
Il y a quelques mois, les rédacteurs du Bulletin épidémiologique hebdomadaire s'étaient penchés sur les effets de l'exposition aux écrans chez plus d'une centaine d'enfants âgés de 3 ans et demi à 6 ans et demi, juste avant leur départ pour l'école. Dans la lignée d'autres recherches consacrées à l'impact des écrans sur le développement cognitif des plus jeunes, ils avaient conclu que les enfants exposés à un écran dès le matin présentaient un risque trois fois plus élevé de développer des troubles primaires du langage.
L'étude sur les repas familiaux
Mais qu'en est-il au moment des repas en famille, un moment privilégié théoriquement riche en interactions verbales entre parents et enfants ? Ces échanges jouent un rôle crucial dans l'acquisition du langage des plus petits. Des chercheurs de l'Inserm et de l'Université de Paris ont choisi d'étudier précisément cette situation. Leur question centrale : que se passe-t-il lorsque la télévision est allumée pendant ces repas ? Jamais, parfois, souvent, toujours ?
Pour répondre à cette interrogation, les scientifiques ont évalué les capacités langagières de plus de 1 500 enfants aux âges de 2, 3 et 5 ans et demi. Les parents ont également rempli des questionnaires portant notamment sur la fréquence à laquelle « la télévision était allumée dans la salle à manger pendant que l'enfant mange à la maison ».
Des résultats sans appel
La conclusion est claire : une fréquence plus élevée de télévision allumée pendant les repas familiaux est associée à de moins bons résultats en matière de langage. Et ce, que l'écran soit regardé activement ou simplement allumé en fond sonore ou visuel.
Dans le détail, les chercheurs ont observé que :
- À 2 ans, le niveau de langage était plus faible chez les enfants « toujours » exposés à la télévision pendant les repas de famille par rapport à ceux qui ne l'étaient « jamais ».
- À 3 ans et 5 ans et demi, les évaluations de langage et le quotient intellectuel verbal étaient plus élevés chez les enfants « jamais » exposés à la télévision pendant les repas, comparés à ceux qui l'étaient « parfois » ou plus fréquemment.
Implications et perspectives
Cette étude confirme ainsi que l'exposition aux écrans n'est pas neutre pour le développement cognitif des plus jeunes. Les résultats suggèrent en outre que le langage de l'enfant n'est pas directement lié au temps passé devant les écrans, mais davantage au contexte et à la fréquence de l'exposition.
Ces travaux soulignent l'importance de préserver les moments de repas familiaux sans distraction technologique, afin de favoriser les interactions verbales essentielles à l'acquisition du langage. Les parents et éducateurs sont invités à considérer ces données pour optimiser le développement des enfants dans un environnement de plus en plus numérique.



