Le CHU de Montpellier a réalisé une première intervention par thermo-ablation laser pour traiter l'épilepsie pharmaco-résistante, une technique mini-invasive qui permet de détruire par la chaleur la zone cérébrale responsable des crises. Cette avancée, portée par le neurochirurgien Gaëtan Poulen, responsable de l'équipe Pathologies cérébrales résistantes, pourrait améliorer le quotidien d'environ 30 % des patients épileptiques qui ne répondent pas aux traitements médicamenteux.
Une technique mini-invasive contrôlée en temps réel
L'intervention consiste à implanter une fibre laser à l'intérieur du cerveau, puis à monter la température pour détruire précisément la zone épileptogène. Le tout est réalisé sous IRM, avec une cartographie en temps réel de la température dans les zones cérébrales, permettant un contrôle optimal de la lésion. Cette approche cible les patients souffrant d'épilepsie focale, c'est-à-dire lorsqu'une zone précise du cerveau est à l'origine des crises.
Selon Gaëtan Poulen, cette intervention s'adresse aux patients ayant une épilepsie pharmaco-résistante, soit environ 30 % des patients épileptiques. Il précise : « Ce n'est pas une niche, ça peut aider un certain nombre. »
Des suites simples et un impact potentiel sur le quotidien
Grâce à son caractère mini-invasif, les suites sont simples : le patient se lève dès le lendemain et sort de l'hôpital trois jours après la chirurgie. Les risques sont limités à d'éventuels saignements ou œdèmes. L'efficacité de l'intervention est évaluée plusieurs semaines ou mois après, le but étant de réduire au maximum la fréquence des crises et, si possible, de diminuer les traitements médicamenteux.
Gaëtan Poulen souligne l'impact potentiel : « Certains ont deux, trois, quatre traitements antiépileptiques et ils continuent de faire des crises. Donc si on peut diminuer le traitement médicamenteux, ça peut avoir un impact significatif pour leur quotidien, au niveau cognitif, concentration, professionnel… » Il nuance toutefois : « C'est encore très variable, ça dépend des patients. »
Une innovation qui élargit les possibilités chirurgicales
Cette technique présente deux avantages majeurs par rapport à la chirurgie classique : elle permet d'accéder à des zones cérébrales jusqu'alors inopérables en raison du risque, et elle évite les suites lourdes d'une ouverture large du crâne. L'hospitalisation est plus courte et les suites plus simples. Sur le plan économique, la machine est louée et la fibre laser est remboursée par la Sécurité sociale. Le coût médico-économique global serait favorable à long terme, car les patients font moins de crises, sont moins hospitalisés et nécessitent moins de traitements.
La méthode pourrait être étendue en utilisant plusieurs fibres laser pour réaliser des lésions plus grandes, mais elle restera réservée aux épilepsies focales. Le CHU de Montpellier s'est inspiré du pionnier français, un neurochirurgien d'Amiens, qui pratique cette technique depuis plusieurs années. Après des échanges lors de congrès et une visite à Amiens avec son équipe, Gaëtan Poulen a mis en place la procédure à Montpellier, après des tests à blanc. Il se réjouit : « Tout le monde est très motivé pour qu'on continue. Il y a vraiment un élan de toutes les différentes équipes impliquées, c'est très positif. »
Une vigilance accrue en période de chaleur
Par ailleurs, Gaëtan Poulen rappelle que la chaleur peut aggraver l'épilepsie : « Tous les patients que je vois me disent qu'en ce moment c'est plus compliqué parce qu'il fait très chaud. L'épilepsie est une maladie qui, dès qu'il y a des facteurs intercurrents notamment la chaleur, provoque chez les patients plus de crises. C'est systématique. » Certains médicaments peuvent perturber les mécanismes naturels de défense à la chaleur, comme la transpiration ou la dilatation des vaisseaux sanguins. L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) recommande de ne jamais arrêter un traitement sans avis médical, car une interruption brutale peut entraîner des complications parfois plus graves que la canicule elle-même.



