Stéphanie Rist : de l'ombre à la lumière face au hantavirus
Stéphanie Rist : l'ascension discrète d'une ministre ambitieuse

Stéphanie Rist, une ministre sous les projecteurs

En France, certains ministères occupent plus souvent que d'autres l'actualité : l'Intérieur, l'Économie, les Affaires étrangères. D'autres, à la faveur des événements, peuvent occasionnellement prendre la lumière. Jusqu'ici méconnue des Français, la ministre de la Santé Stéphanie Rist est depuis plusieurs jours de tous les plateaux et de toutes les conférences de presse, face à un hantavirus qui suscite nombre d'inquiétudes. Un défi politique pour celle qui a cultivé jusqu'ici une certaine discrétion, sans toutefois jamais cacher ses ambitions.

« L'ensemble de l'écosystème, qu'il soit mondial ou national, a appris de la pandémie. L'OMS a réagi beaucoup plus vite », confie la rhumatologue de profession, qui a pris conseil auprès d'Agnès Buzyn, qui dans les mêmes fonctions affronta les prémices du Covid en 2020.

Une ascension patiente dans les coulisses du macronisme

Après vingt ans au sein du CHR d'Orléans, Stéphanie Rist a fait partie de cette vague de nouveaux venus dans la politique, issus de la société civile, qui ont rejoint Emmanuel Macron en 2016 : « J'ai adhéré à sa démarche d'efficacité. Ce qui m'intéresse, c'est de pouvoir transformer jusqu'à la vie des gens », explique celle qui, depuis qu'elle a pénétré les arcanes du pouvoir, est restée d'une loyauté sans faille au président de la République.

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« C'est une femme calme, discrète, sincère, qui travaille ses dossiers », salue Annie Vidal, députée Renaissance, elle aussi venue du milieu de la santé. « Et au bout de dix ans, elle a acquis une culture politique. Elle a appris à négocier avec les collègues autour des textes qu'elle défendait. » Car Stéphanie Rist a, dans l'ombre, acquis de l'expérience.

Elle est élue députée en 2017, malgré une polémique autour d'une rémunération (légale) de 22 000 euros par plusieurs laboratoires pharmaceutiques entre 2012 et 2016. Elle rejoint quelques semaines plus tard la commission des Affaires sociales, une instance stratégique à l'Assemblée, chargée notamment des questions de protection sociale, d'hôpital et de retraites, dont elle entend bien faire un tremplin.

Une députée active et controversée

Rapidement, elle en devient un élément central. Elle porte plusieurs projets, dont certains très contestés. En 2021, la loi qui porte son nom plafonne la rémunération des médecins intérimaires et provoque la fronde des syndicats hospitaliers. En 2023, pour lutter contre les déserts médicaux, elle fait voter une loi qui permet l'accès direct à certains professionnels de santé (kinésithérapeutes, orthophonistes, etc.), sans ordonnance préalable.

Si l'objectif est de libérer du temps médical pour les médecins généralistes, ses opposants lui reprochent son approche gestionnaire de la santé. « C'est quelqu'un qui connaît ses dossiers », souligne Luc Duquesnel, président de la branche généraliste de la confédération des syndicats médicaux français, qui la connaît depuis plusieurs années. « Cela favorise a priori les choses. » Mais, précise-t-il, « je ne peux pas dire que nos remarques aient été considérées ».

Ambitions et rapports de force

En coulisses, plusieurs anciens soutiens décrivent une femme ambitieuse, attentive aux rapports de force politiques. Nathalie Kerrien, maire adjointe à Orléans, l'a soutenue lors des élections législatives de 2017. En 2020, aux municipales, elle brigue le poste de maire. Stéphanie Rist choisit alors de soutenir son adversaire et maire sortant, Olivier Carré, en figurant en deuxième place sur sa liste. « Le parti a fait le choix de soutenir le maire de l'époque, et Stéphanie est restée disciplinée par rapport au choix du parti. Ce qui n'est jamais très agréable, c'est de découvrir cela dans la presse… »

Réélue députée dans un fauteuil en 2022, elle entend peser davantage dans le jeu parlementaire. Elle se propose alors pour le poste de rapporteure générale du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Un siège clé, « une première étape vers un poste à la Santé », persifle un ancien soutien, peu dupe sur les ambitions de l'intéressée. Olivier Véran et Yannick Neuder, deux anciens ministres de la Santé, ont occupé ces fonctions avant d'être propulsés au gouvernement.

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« Le groupe Renaissance étant le plus nombreux, c'est évidemment de lui qu'allait venir le député élu. Elle est parvenue à faire croire que cette élection n'avait aucun enjeu », s'évitant ainsi toute opposition interne. Élue à ce poste, c'est elle qui porte, en 2023, le projet de loi rectificatif de la Sécurité sociale, qui recule l'âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans.

Son ombre sur le Loiret

« Pour atteindre son but, elle a parfois employé des méthodes discutables », explique Nicolas Bertrand, ancien président de Renaissance dans le Loiret, qui lui reproche notamment une supposée alliance avec Serge Grouard (LR) dans le département. En 2024, lors des législatives post-dissolution, elle est la seule candidate du bloc central à ne pas voir s'opposer un candidat LR dans sa circonscription. Lors des élections municipales de 2026, elle reste dans l'ombre, n'apportant son soutien ni à la candidature de Caroline Janvier (dissidente Renaissance), ni à celle de Grégory Meyer (dissident Horizons).

La ministre reste peu diserte sur ce sujet, rappelant qu'aucun candidat n'a obtenu l'investiture du parti. Pourtant, dans l'équipe municipale du maire réélu, Serge Grouard, figurent plusieurs de ses proches, notamment son ancienne collaboratrice parlementaire, Maïté Sève. A posteriori, le parti s'attribuera la victoire de Serge Grouard, qui avait pourtant déclaré en 2022 qu'en cas de second tour Marine Le Pen ou Éric Zemmour contre Emmanuel Macron, il voterait blanc. « Elle a fait des choix qui favorisaient son intérêt personnel », accuse un ancien baron local.

« Elle a toujours fonctionné ainsi, quitte à trahir ses convictions de départ pour atteindre son but, être réélue députée et devenir ministre », tance encore Nicolas Bertrand, qui a claqué la porte du parti après les municipales. Car soutiens comme opposants sont unanimes : Stéphanie Rist n'a jamais caché ses ambitions.

Elle est même allée jusqu'à annoncer sur Facebook il y a une dizaine d'années, selon Le Canard enchaîné, qu'elle serait « un jour ministre de la Santé ». « Je la connais depuis 2016, depuis la première réunion d'En marche dans le Loiret. Elle disait déjà que son but était d'être ministre de la Santé. Ce n'est pas quelque chose qu'elle cachait », précise Nicolas Bertrand. « Elle éprouvait cette envie de mettre ses compétences au service du gouvernement », confirme Annie Vidal.

« Quand elle était députée, elle demandait sans arrêt des rendez-vous avec le conseiller santé de l'Élysée, avec les conseillères santé de Matignon, avec la secrétaire d'Élisabeth Borne. Elle repérait qui était proche de qui et entretenait soigneusement ses réseaux », rapporte encore un élu. La ministre, elle, défend son pragmatisme : « Mon ambition est de porter mes convictions sur le système de santé et de les faire avancer. Changer la vie des gens, on le fait sans doute plus facilement et efficacement quand on est ministre de la Santé que quand on est député. On a plus de moyens pour faire évoluer le système. Mais de là à dire que c'était une ambition… Je ne me levais pas tous les matins en me disant : “Il faut que je sois ministre de la Santé.” »

« Elle fait ce qu'on attend d'un politique »

Le 12 octobre 2025, son ambition devient réalité : après le fiasco de François Bayrou à Matignon, Sébastien Lecornu la nomme ministre de la Santé. Elle n'a guère le temps de prendre possession de ses nouveaux bureaux de l'avenue de Ségur. Moins de deux jours plus tard, le 14 octobre, le budget de la sécurité sociale est dévoilé. La ministre est déjà sur le gril, dans une équation politique complexe.

Les députés socialistes menacent de censurer le gouvernement si la réforme des retraites n'est pas suspendue. Stéphanie Rist va s'effacer derrière le Premier ministre, Sébastien Lecornu, et la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, qui mèneront cette bataille. « Mon sujet, ce n'est pas d'être mise en avant », confesse-t-elle. « J'avais conscience du moment très grave que nous vivions, et qui aurait des conséquences sur la vie des gens si ce budget n'était pas adopté. Ce qui m'importait le plus, c'est que le travail soit fait. »

La situation autour du hantavirus la met, par la force des choses, sur le devant de la scène. Réunions interministérielles, conférences de presse, déplacements : la ministre découvre une exposition médiatique inédite. « Elle fait ce qu'on attend d'un politique : faire preuve de transparence et prendre des décisions qui soient les plus compréhensibles possible pour les Français, tout en envisageant des scénarios en cas d'évolution », lui accorde son prédécesseur à la Santé, Yannick Neuder.

Mais se retrouver sous les projecteurs à un moment risqué l'expose aussi à la critique. Ses contempteurs ne sont pas tendres : « Elle est bien entourée, mais c'est quelqu'un qui ne travaille pas assez », assène une personnalité politique qui l'a vue à l'œuvre. « La communication avec les élus, ce n'est pas son fort », juge une autre. « Ce n'est pas quelqu'un de très expressif dans ses relations avec les élus. »

Le risque du faux pas sous les projecteurs

« Elle a le doigt sur la couture vis-à-vis de l'Élysée et de Matignon, ce qui l'amène à moins de prises d'initiative », estime Luc Duquesnel. Stéphanie Rist assume : « Des gens, spontanément, sont plus communicants que d'autres. J'estime qu'il faut communiquer quand ça devient nécessaire. Chacun fait de la politique avec ce qu'il est. »

Cette exposition est-elle un tremplin ou un piège, au poste sensible où pas moins de dix ministres se sont succédé depuis 2017 ? « Quand je suis arrivée, j'ai recruté mon équipe et leur ai dit : “On ne sait pas combien de jours on va rester. Peut-être deux jours, peut-être trois semaines. Il faut que chaque jour compte.” Six mois après, on est restés dans cet état d'esprit. Je crois que c'est une chance de ne pas savoir combien de temps vous allez rester, parce que vous êtes obligé d'être efficace. »

Ces prochains mois, elle devra gérer la crise du hantavirus ainsi que le budget de la sécurité sociale, le dernier de l'ère Macron. Elle ne se fait pas d'illusions. « Quand on arrive après neuf ministres et que c'est la dernière année avant une élection présidentielle, on ne peut pas tout transformer. » Son soutien pour 2027 est connu : Gabriel Attal. Mais elle prépare son avenir, selon un observateur attentif.

« Tant qu'Attal est populaire, elle ne bouge pas. Mais s'il se plante, elle partira. » Pour rejoindre Édouard Philippe ? « J'étais députée avec Édouard Philippe dans la majorité, et j'ai pu travailler tout à fait correctement en tant que parlementaire. Ce qui m'importe, c'est que le projet porté pour les Français donne de l'espoir en même temps que la vérité », explique-t-elle. Répondre… sans répondre. Reste à savoir si cette exposition soudaine fera d'elle une figure durable du macronisme ou une ministre de plus, dans une longue liste d'éphémères locataires de l'avenue de Ségur.