Le trouble alimentaire lié au sommeil, aussi appelé SRED (Sleep-Related Eating Disorder), se caractérise par des épisodes de consommation alimentaire involontaire pendant la nuit, souvent sans que la personne n'en garde un souvenir conscient. Ce phénomène, bien que méconnu, peut avoir des conséquences importantes sur la santé physique et mentale des personnes concernées.
Un trouble encore mal compris
Le SRED est un parasomnie, c'est-à-dire un comportement anormal qui survient pendant le sommeil. Les personnes atteintes se lèvent, se rendent dans la cuisine et mangent, parfois des aliments crus, voire non comestibles, sans en avoir pleinement conscience. Selon le Dr Isabelle Arnulf, neurologue et spécialiste des troubles du sommeil à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, « les patients décrivent souvent une impression de ne pas être vraiment réveillés, comme dans un état de conscience altérée ».
Ce trouble est souvent associé à d'autres parasomnies, comme le somnambulisme, et peut être déclenché par certains médicaments, notamment les hypnotiques, ou par des facteurs de stress. Il toucherait environ 1 à 2 % de la population, selon les études citées par Le Monde, mais ce chiffre pourrait être sous-estimé en raison de la difficulté à diagnostiquer ce trouble.
Des conséquences sur la santé et la vie quotidienne
Les épisodes de SRED peuvent entraîner une prise de poids, des troubles digestifs, et des blessures liées à la préparation des aliments (coupures, brûlures). Sur le plan psychologique, les personnes concernées ressentent souvent de la honte et de la culpabilité, ce qui peut conduire à un isolement social. Le Dr Arnulf souligne que « la qualité de vie est souvent très dégradée, avec une fatigue diurne importante et des conflits familiaux ».
Le diagnostic repose sur un interrogatoire précis et, dans certains cas, sur un enregistrement vidéo du sommeil en laboratoire. Il est important de différencier le SRED d'autres troubles comme l'hyperphagie nocturne, où la personne est pleinement consciente de ses actes. Un diagnostic précis permet de proposer une prise en charge adaptée.
Des pistes de traitement prometteuses
Le traitement du SRED repose d'abord sur des mesures d'hygiène du sommeil et sur la sécurisation de l'environnement (comme verrouiller la porte de la cuisine). Des médicaments, tels que certains antidépresseurs ou le topiramate, ont montré une certaine efficacité, selon les données rapportées par Le Monde. Cependant, les preuves restent limitées et les traitements doivent être personnalisés.
La recherche progresse pour mieux comprendre les mécanismes cérébraux impliqués. Des études en neuro-imagerie, menées par l'équipe du Dr Arnulf, explorent les circuits de la récompense et de la motricité pendant le sommeil. Ces travaux pourraient déboucher sur de nouvelles approches thérapeutiques, notamment des thérapies cognitives et comportementales adaptées.
En attendant, les patients sont encouragés à consulter un centre du sommeil pour bénéficier d'une évaluation complète. La sensibilisation des médecins généralistes est également essentielle pour améliorer le repérage de ce trouble encore trop souvent ignoré.



