Le Snooze : une fausse bonne idée pour notre sommeil
Au réveil, l'humanité se scinde en deux catégories distinctes. D'un côté, ceux qui se lèvent d'un bond dès la première sonnerie de leur réveil, sans négocier avec le temps. De l'autre, ceux qui, comme un ultime rempart contre l'inévitable journée, utilisent abondamment la fonction « rappel d'alarme » et grappillent, par tranches de cinq ou dix minutes, quelques instants supplémentaires de repos, espérant - souvent en vain - que ces fragments de sommeil leur soient bénéfiques.
Une pratique mondiale aux conséquences mesurées
Comme ces derniers, plus de la moitié de la population mondiale (56%) repousse mécaniquement l'heure du lever en activant la fonction snooze de son réveil. Une étude menée par des chercheurs américains en chronobiologie du réseau de soins Mass General Brigham, publiée dans Scientific Reports en 2025, a analysé plus de trois millions de nuits auprès de 21 000 personnes à travers le monde. Elle révèle que la moyenne mondiale de ces rappels d'alarme s'élève à 2,4 par personne, soit un gain quotidien de onze minutes de sommeil supplémentaire.
Cette promesse modeste semble séduisante dans un contexte où la tendance globale montre un déclin préoccupant de la durée et de la qualité de notre sommeil. Les Français, par exemple, dorment en moyenne une heure trente de moins qu'il y a cinquante ans. Alors qu'ils bénéficiaient de huit heures trente de sommeil dans les années 1970, ils n'en ont plus que sept heures par nuit aujourd'hui. Près de la moitié d'entre eux (45%) déclarent souffrir de troubles du sommeil, et près d'un tiers (28%) accusent une dette chronique de sommeil selon les données de Santé publique France.
Les effets néfastes du snooze sur l'organisme
Mais que nous apportent réellement ces quelques minutes arrachées au sommeil ? À écouter les scientifiques, pas grand-chose de positif. Ces reports successifs nous feraient même plus de mal que de bien. En 2019, la marque britannique de matelas Eve Sleep avait lancé une pétition demandant à Apple de supprimer la fonction snooze de ses iPhone. Au-delà du coup marketing, cette initiative attirait l'attention du grand public sur un véritable enjeu de santé : l'importance de se lever d'un trait.
Cette requête, bien que restée sans suite, n'était pas dénuée de fondements scientifiques. Les chronobiologistes du Mass General Brigham ont observé que 45% des « snoozeurs » réguliers de leur échantillon (représentant 80% des réveils repoussés) présentaient une perturbation notable de leur « inertie du sommeil », cette période de somnolence post-réveil. D'une durée moyenne de 15 à 30 minutes, cette inertie les laissait groggy ou confus pendant des heures, affectant temporairement leurs performances cognitives et leur humeur.
La cause principale réside dans les relances répétées d'un nouveau cycle de sommeil, systématiquement interrompu par les rappels successifs d'alarme. Non seulement le snooze n'apporte aucun bénéfice réparateur à ses adeptes, mais il perturbe également une phase cruciale de la nuit : le sommeil paradoxal. Cette phase, qui intervient généralement avant l'éveil, joue un rôle essentiel dans la consolidation de la mémoire, le renforcement des connexions neuronales, la régulation émotionnelle et la santé mentale globale.
Le cortisol : l'hormone du stress libérée par pics
Contrairement à l'idée répandue que le snooze nous réveillerait en douceur ou ne nous offrirait qu'un « petit somme » sans conséquence, cette pratique serait délétère pour l'ensemble de l'organisme. Matthew Walker, professeur de neurosciences à Berkeley aux États-Unis, alerte sur ce phénomène. Le problème réside dans la sécrétion de cortisol, l'hormone du stress, produite par le corps au réveil pour nous sortir de l'apathie et nous mettre en ordre de marche. Avec le snooze, cette hormone est libérée par pics répétés, créant une véritable surdose de cortisol.
Ainsi, abuser de la fonction snooze ne perturberait pas seulement notre cerveau et notre système nerveux, mais aussi notre cœur et l'ensemble du système cardiovasculaire. Matthew Walker expose ces mécanismes dans son best-seller Why we sleep (traduit en français aux éditions La Découverte en 2018). « Comme si l'alarmer, littéralement, chaque matin n'était pas suffisant, la fonction rappel l'agresse à répétition sur une période de temps très courte », expliquait-il au quotidien britannique The Independent lors de la parution de son ouvrage.
La solution : un vrai supplément de sommeil sans interruption
Tirant la sonnette d'alarme sur cette mauvaise habitude - symptôme d'un manque de sommeil chronique plus large - le spécialiste dispense un conseil simple : cesser de s'infliger ces séries de réveils et s'offrir, enfin, un vrai supplément de sommeil sans interruption. Son astuce consiste à régler son alarme à l'heure la plus tardive possible et, bien sûr, à s'engager à sortir du lit à la première sonnerie du réveil.
Cette approche permet de préserver l'intégrité des cycles de sommeil et d'éviter les pics répétés de cortisol qui stressent l'organisme. Elle contribue également à maintenir la qualité du sommeil paradoxal, essentiel à notre équilibre mental et cognitif. Alors que notre société valorise la productivité au détriment du repos, repenser notre relation au réveil pourrait constituer une première étape vers une meilleure hygiène de sommeil et, par extension, une meilleure santé globale.



