Les affirmations controversées de Didier Raoult dans son nouvel ouvrage
Le professeur Didier Raoult, ancien directeur de l'IHU Méditerranée Infection à Marseille, publie un livre intitulé Société du factice, journal d'un complotiste qui suscite de vives réactions dans la communauté scientifique. Malgré son statut de chercheur reconnu, l'ouvrage présente plusieurs théories qui remettent en question les consensus établis.
La théorie du genre et le lien supposé entre doigts et homosexualité
Dès les premières pages, Didier Raoult s'attaque à ce qu'il nomme « la théorie du genre », en opposant les caractéristiques innées et acquises chez les hommes et les femmes. Sa démonstration aboutit à l'analyse de l'Indice de Manning, qui compare la taille des doigts, et à un lien supposé avec l'homosexualité basé sur des études britanniques des années 2000.
Mathias Chaillot, journaliste et auteur spécialisé, souligne que ces corrélations ont été « répétées plusieurs fois, et démontées plusieurs fois ». Il précise qu'« on n'a jamais réussi à démontrer de lien exact » et que certaines recherches ont même trouvé des résultats inverses à cette théorie.
La question des femmes aux échecs et leur prétendue infériorité
Dans son analyse, le professeur Raoult aborde la réussite sportive des femmes, affirmant qu'elle n'existe « à condition qu'elles soient séparées des hommes ». Il prend l'exemple des échecs, où des compétitions féminines ont été créées car les femmes « peinent à être classées dès lors qu'elles jouent en même temps » que les hommes.
Actuellement, aucune femme ne figure dans le top 100 mondial du classement mixte. La joueuse chinoise Hou Yifan, numéro une mondiale féminine, se situe à la 169e place du classement général. En France, la Fédération Française d'Échecs maintient deux classements distincts pour des raisons de valorisation et d'encouragement à la pratique.
Jocelyne Wolfangel, directrice du secteur féminin à la FFE, expliquait en 2019 que ce classement féminin permet « de valoriser les performances des joueuses » et de créer une ambiance conviviale pour les encourager à rejoindre le circuit. Les statistiques confirment la sous-représentation féminine : au 10 mars 2026, seulement 20% des licenciés à la FFE sont des femmes, soit 15.899 sur 83.459 au total.
La remise en cause des dangers de l'alcool
Didier Raoult consacre également un chapitre à « la lutte contre l'alcool », qualifiant de « mensonge » l'affirmation selon laquelle l'alcool serait toxique dès la première goutte. Il s'appuie sur un graphique retiré depuis, qui montrerait que les personnes consommant « un à deux verres d'alcool ou de vin par jour » auraient une durée de vie plus longue que les abstinents.
Jean-Michel Delile, addictologue et président de Fédération Addiction, met en garde contre cette interprétation : « Beaucoup de personnes ne boivent pas ou ont cessé de boire parce qu'elles sont malades et en mauvaise santé. D'où une association mais non causale avec une altération de leur espérance de vie ».
Les spécialistes rappellent l'existence de « repères de consommation de moindres risques, mais pas sans risques », renvoyant aux recommandations de Santé publique France : maximum deux verres par jour, et pas tous les jours.
L'ego du microbiologiste le plus compétitif
À plusieurs reprises dans son ouvrage, Didier Raoult rappelle son statut de « premier microbiologiste d'Europe, puis du monde », se décrivant comme « le plus compétitif » en termes de publications et de citations. Ce classement repose sur l'indice H, qui mesure la quantité de travaux produits et cités.
Comme le soulignait un article Fake Off en juin 2025, « la quantité ne fait pas la qualité », rappelant que le volume de publications ne garantit pas nécessairement la validité scientifique des affirmations avancées.



