Trip thérapeutique : le psychédélique 5-MeO-DMT futur traitement contre l'anxiété ?
Psychédélique 5-MeO-DMT : futur traitement contre l'anxiété ?

L'anxiété pathologique, trouble psychiatrique le plus fréquent touchant un quart de la population, pourrait trouver un nouveau traitement dans les psychédéliques. Anna Beyeler, directrice de recherche à l'Inserm et cheffe de l'équipe « Circuits neuronaux de l'anxiété » au Neurocentre Magendie de Bordeaux, étudie le 5-méthoxy-diméthyltryptamine (5-MeO-DMT), une molécule psychédélique proche du LSD et de la psilocybine.

Actuellement, il faut en moyenne huit à dix ans pour diagnostiquer l'anxiété pathologique et trouver le bon anxiolytique. Ces médicaments sont sans effet sur 30 % des patients et provoquent des effets secondaires comme la dépendance, des somnolences et des perturbations de la mémoire. Face à ces limites, les psychédéliques offrent une alternative prometteuse.

Des effets thérapeutiques en seulement deux prises

« Je pense que d'ici cinq à dix ans, le 5-MEO sera utilisé dans la pratique clinique chez les patients », estime Anna Beyeler. Contrairement aux anxiolytiques classiques qui nécessitent une prise continue et entraînent des rechutes à l'arrêt, les psychédéliques agissent après une ou deux prises seulement. « C'est révolutionnaire parce qu'avec les anxiolytiques classiques, des prises continues sont nécessaires et si on les arrête, il y a des rechutes », explique la chercheuse. « Ils conjuguent une action très rapide avec des bénéfices thérapeutiques à long terme. »

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Le 5-MeO-DMT présente un avantage supplémentaire : son effet de « trip », altérant la perception et les compétences cognitives, ne dure que trois à quatre heures, contre huit à douze heures pour d'autres psychédéliques. « Cela permettrait de faire des traitements beaucoup plus courts, d'être efficaces, s'enthousiasme la chercheuse. En termes d'applicabilité, c'est bien plus important. »

Des mécanismes encore mystérieux

Si les psychédéliques ont un effet bénéfique, leur mode d'action reste mal compris. « On sait que cela agit sur certains récepteurs à la sérotonine mais à l'échelle globale de la physiologie de l'organisme, on ne sait pas trop et c'est l'objet de nos recherches », pointe Anna Beyeler. Pourtant, les psychédéliques ont été étudiés dès les années 1950 aux États-Unis, mais leur usage récréatif a stoppé les financements pendant des décennies. Ce n'est que depuis une dizaine d'années que les projets explorent de nouveau leur potentiel.

Des résultats encourageants sur les souris

L'équipe d'Anna Beyeler se concentre sur deux régions cérébrales impliquées dans l'anxiété : le cortex insulaire, qui détecte les constantes physiologiques comme la fréquence cardiaque ou la respiration et est suractivé chez les patients anxieux, et les noyaux du raphé dorsal, qui produisent la sérotonine, neurotransmetteur clé dans la gestion des humeurs.

Des tests sur des souris analysent leur comportement dans des espaces où elles se sentent vulnérables. Les chercheurs observent les variations de leurs circuits neuronaux à l'aide d'un microscope à feuillet de lumière de dernière génération, acquis grâce à la Fondation Bettencourt Schueller, permettant d'imager de larges échantillons cérébraux avec une précision inédite.

À sept jours, un effet anxiolytique a été enregistré dans les trois tests utilisés sur les rongeurs. « L'objectif à très long terme, c'est d'identifier la neurobiologie de l'anxiété pour essayer de la restaurer lorsqu'elle est dysfonctionnelle », ambitionne Anna Beyeler.

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