Le Pr Franck Chauvin, cancérologue et ancien président du Haut Conseil de la Santé Publique, a sonné l'alarme lors de la soirée de clôture du Club Santé de Var-Matin à l'hôpital Renée-Sabran à Hyères. Selon lui, le système de soins français est « à bout de souffle » et « fait semblant de faire de la prévention », entretenant depuis des décennies la confusion entre soins et santé.
Un système « industriel » dépassé
Le Pr Chauvin a retracé l'origine du système actuel, hérité des années 1970 : « On a créé de grands hôpitaux, des supermarchés du soin, loin des centres-villes, exactement comme on a ouvert des hypermarchés en périphérie. » Cette organisation, selon lui, intègre tous les éléments de la production industrielle avec un seul objectif : empêcher le décès des personnes âgées et repousser les limites de l'espérance de vie, sans se préoccuper de l'espérance de vie en bonne santé.
Les conséquences sont alarmantes : le nombre de malades chroniques est passé de 10 millions en 2010 à 14 millions en 2020, et devrait atteindre 25 millions en 2030. « Nous avons abandonné les premières places des classements internationaux sur la santé des populations. Le budget des hôpitaux a augmenté de 50 % en 5 ans ! Il n'y a pas de solution dans le système actuel », a-t-il déclaré.
La prévention comme seule issue
Le spécialiste a rappelé qu'en 1945, la Sécurité Sociale intégrait trois systèmes de prévention : la Protection Maternelle et Infantile, la médecine scolaire et la médecine du travail. Mais au fil des décennies, « on a ponctionné leurs moyens », les laissant aujourd'hui « exsangues ». Pourtant, des preuves existent : « Le déploiement du Beyfortus, traitement utilisé pour prévenir la bronchiolite chez le nourrisson, a permis d'éviter des hospitalisations. De même, le confinement lors de la pandémie de Covid a diminué le nombre de patients et la pression sur les services hospitaliers. »
Selon le Pr Chauvin, « le problème aujourd'hui n'est pas le manque de médecins, c'est le trop grand nombre de patients. » Pour réduire ce nombre, « la seule solution » est de développer la prévention. Il propose de « s'intéresser à la santé de la population » plutôt que de proposer toujours plus de soins.
Un obstacle financier majeur
Le mode de financement actuel, basé sur la tarification à l'acte, constitue un frein : « En France on fait semblant de faire de la prévention, parce que le système n'y a aucun intérêt. » Il doit « produire du soin ». Le Pr Chauvin préconise un paiement centré sur des objectifs à atteindre : « baisse du nombre de patients diabétiques, obèses ou fumeurs par exemple. » Mais il reconnaît que « ça ne se fera pas en dix ans. »
Un expert engagé
Le Pr Franck Chauvin est le fondateur et directeur du centre Hygée à Saint-Étienne, dédié à la prévention des cancers, et le créateur d'un Institut universitaire de prévention et de santé. Il a présidé le Haut Conseil de Santé Publique de 2017 à 2022. Interrogé sur son intérêt pour la prévention, il raconte : « Quand j'ai commencé en cancérologie, chaque année on se félicitait de voir notre niveau d'activité augmenter ! Sauf qu'on sait que 40 % des cancers sont évitables. Je me suis demandé pourquoi on ne faisait pas plus de prévention ? On marche sur la tête ! »



