Urgences saturées : les pompiers de l'Hérault dénoncent des attentes interminables
Pompiers de l'Hérault : attentes interminables aux urgences

Urgences saturées : les pompiers de l'Hérault tirent la sonnette d'alarme

La scène se répète régulièrement devant les services d'urgence des hôpitaux de Montpellier et Béziers : des pompiers et ambulanciers patientent avec leurs patients sur des brancards, parfois pendant près de deux heures, avant que ceux-ci ne soient pris en charge par le personnel médical. Les syndicats représentatifs de la profession dans l'Hérault dénoncent une situation qui atteint ses limites et réclament une refonte complète de l'organisation du système de santé.

Des délais d'attente qui s'allongent dangereusement

"Dans la nuit de samedi à dimanche dernier, c'était 1 heure 45 d'attente", explique David Payan, représentant du SNSPP-PATS 34. À Montpellier, les urgences sont saturées quotidiennement entre 16 heures et 23 heures, avec des délais oscillant généralement entre une heure et une heure trente. La situation serait encore plus critique à Béziers en raison de problèmes organisationnels spécifiques.

Les pompiers tiennent à préciser qu'ils n'imputent pas la responsabilité de cette situation aux soignants, "qui subissent autant que nous la tension du système". Pour eux, c'est bien l'organisation globale du système de santé qui doit être repensée en profondeur.

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Un système de régulation médicale décrié

Dans un courrier adressé le 28 janvier à la préfète de l'Hérault, les syndicats SNSPP-PATS et SPP-PATS ont déploré "une régulation médicale de plus en plus rigide et déconnectée des réalités opérationnelles". Suite à des affaires médiatisées où la chaîne des secours a été mise en difficulté, les régulateurs sont parfois accusés d'adopter une attitude trop prudente, ce qui conduit à une augmentation des interventions des pompiers pour des situations qui ne relèvent pas véritablement de l'urgence.

Les syndicats refusent catégoriquement d'être "la variable d'ajustement d'un système de santé publique déséquilibré et déficient au risque de mettre en péril notre système de secours".

L'évolution alarmante des interventions des pompiers

Les chiffres témoignent d'une transformation profonde du métier de pompier :

  • En France, les pompiers interviennent toutes les 6,6 secondes
  • 79% des interventions concernent désormais le secours à la personne
  • Une augmentation de 40% des interventions de secours à la personne en 15 ans
  • Une hausse globale de l'activité de 19% sur la même période

Dans l'Hérault spécifiquement :

  1. +15% d'interventions supplémentaires cette année
  2. -10% d'interventions liées aux incendies
  3. -46% de feux de cheminée
  4. +180% de relevages de personnes (851 par jour en 2023)

"Le pompier est devenu un acteur central du secours à la personne, avec une fonction quasi paramédicale, alors que les moyens n'ont pas évolué dans les mêmes proportions", observe le SNSPP/PATS 34.

Des conséquences en cascade sur tout le système de secours

L'immobilisation prolongée des pompiers et de leurs véhicules devant les urgences génère des effets domino préoccupants. "Des centres de secours toujours plus éloignés du lieu de l'intervention se retrouvent sollicités, ce qui augmente les délais et la durée de prise en charge. C'est le serpent qui se mord la queue", déplorent les syndicats.

Gautier Neolas, du SPP-PATS 34, précise : "Les délais d'attente se traduisent notamment par des difficultés en journée dans les centres de secours de zones rurales. Elles sont comblées par les pompiers des grandes villes".

Des pistes de solution proposées

Parmi les mesures envisagées pour améliorer la situation, les syndicats proposent :

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  • La création d'une plateforme permettant de lister et d'analyser les dysfonctionnements, leurs causes et leurs moments d'apparition
  • Une utilisation plus rigoureuse des tablettes numériques permettant aux secours de transmettre des données en temps réel aux services des urgences
  • Une meilleure anticipation de l'arrivée des patients grâce à ces outils numériques

"Le sentiment général, c'est qu'on arrive au bout d'un système", affirme Gautier Neolas. "Il faudrait que l'ARS et les différents acteurs que sont le Département, le Sdis, les hôpitaux et le Centre 15 du Samu se mettent autour d'une table. Car sinon, on arrivera à un accident un jour."

Les syndicats avaient déjà alerté la préfète dans leur courrier : "Il serait illusoire de penser que cette situation pourra être contenue durablement sans décisions fortes, rapides et visibles de la part de l'État". L'été dernier, l'Agence régionale de santé avait proposé que des cliniques situées à proximité prennent le relais du CHU, mais celles-ci affirment ne pas être en capacité de recevoir des patients supplémentaires, tandis que la situation continue de se dégrader.