Pharmaciens vaccinateurs : un bilan positif après sept ans de pratique
Depuis sept ans, les pharmaciens peuvent vacciner, avec ou sans ordonnance médicale. Le Dr Mathilde Six, pharmacienne à Paris (15e), responsable du développement des missions vaccination et prescription dans son officine, dresse un bilan de cette mission largement acceptée par les confrères et en constante évolution.
Comment les pharmaciens sont-ils devenus vaccinateurs ?
À la fin des années 2010, la vaccination a connu des évolutions majeures. Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, a élargi la liste des vaccins obligatoires pour les nourrissons en 2018. Bien que les pharmaciens ne vaccinent pas les moins de 11 ans, cette dynamique a favorisé leur implication. Dès 2017, deux régions pilotes (Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine) ont expérimenté la vaccination antigrippale en officine. Le succès a été tel que l'expérience a été étendue après un an, puis généralisée en 2019-2020.
Un accueil favorable malgré des craintes initiales
Les pharmaciens ont d'abord eu quelques appréhensions : vacciner est un acte médical intrusif, différent de la délivrance de médicaments. La formation a été intégrée aux cursus, mais certains craignaient le sang, les aiguilles ou de faire mal. Pourtant, ils se sont engagés massivement, voyant là une mission supplémentaire et une évolution de leur métier, avec une rémunération à la clé. La vaccination en officine garantit le respect de la chaîne du froid, un avantage sécuritaire non négligeable.
Relations avec les médecins et accueil des patients
Au début, quelques tensions ont existé avec les médecins, mais rapidement, ceux-ci ont reconnu que cela les déchargeait. Les patients, souvent en difficulté pour obtenir un rendez-vous médical, ont sollicité les pharmaciens. Aujourd'hui, la quasi-totalité des pharmacies proposent la vaccination, et 69 % des vaccinations antigrippales (80 % en Île-de-France) sont réalisées par des pharmaciens.
Bilan de la couverture vaccinale
Malgré ces avancées, la couverture antigrippale des plus de 65 ans reste sous la barre des 60 %, bien qu'elle ait progressé de trois points en 2026 par rapport à l'année précédente. Les pharmaciens ne peuvent pas faire de publicité pour leurs activités de vaccination, mais ils sensibilisent au comptoir. « Je reste optimiste, nous sommes sur une bonne dynamique », déclare Mathilde Six. La vaccination antigrippale ne représente qu'une partie de leur activité : ils réalisent surtout des rappels de vaccins.
Prescription et administration des rappels
Depuis 2023, les pharmaciens peuvent prescrire et administrer les rappels du calendrier vaccinal (tétanos, diphtérie, poliomyélite, coqueluche) pour les 11 ans et plus, sans ordonnance médicale. L'acte est pris en charge sur présentation de la carte vitale. Ils sensibilisent également aux vaccins recommandés comme celui contre le papillomavirus ou le zona. En cas d'épidémie, comme la méningite B au Royaume-Uni, ils informent les patients sans pouvoir inciter à la vaccination si elle n'est pas recommandée.
Prochaines étapes : vaccination des voyageurs
La vaccination des voyageurs est la prochaine mission à développer. Une étude de 2023 montre que seulement 10 % des voyageurs partent avec les vaccins recommandés. Des expérimentations locales sont en cours. L'enjeu est d'ouvrir cette mission à grande échelle, car les pharmacies sont implantées uniformément sur le territoire, ce qui faciliterait l'accès à la prévention. Cela permettrait de limiter les risques de maladies graves (rage, encéphalite japonaise) et de réduire les coûts de rapatriement et d'hospitalisation, tout en diminuant l'importation de pathologies tropicales comme le chikungunya ou la dengue.
Rendez-vous aux Dialogues de la santé
Le 21 mai 2026, la Villa M à Paris accueillera la quatrième édition des Dialogues de la santé sur le thème « La vaccination : sécurité collective et liberté individuelle ». Experts et professionnels discuteront de cet enjeu central de santé publique.



