Neuroplanète à Nice : le cerveau, un organe en perpétuelle transformation
Il pèse à peine 1,4 kilo, mais il gouverne nos émotions, nos peurs, nos douleurs et parfois nos illusions. Depuis plus d'une décennie, Neuroplanète, l'événement organisé du 5 au 7 mars à Nice par Le Point en partenariat avec la Métropole Nice Côte d'Azur, tente d'éclairer ce territoire complexe qu'est le cerveau. Cette 11e édition, articulée autour du thème « Dans la tête des femmes et des hommes », s'est intéressée à la manière dont cet organe se transforme tout au long de la vie.
Trois jours de débats et de découvertes
Durant trois jours, neurologues, psychiatres, philosophes, chercheurs et patients se sont succédé sur la scène du Centre universitaire méditerranéen, situé sur la célèbre promenade des Anglais. Ils ont évoqué des sujets aussi variés que la douleur chronique, les bouleversements de l'adolescence, la parentalité ou encore les maladies neurodégénératives. Une idée forte est ressortie de ces échanges : dans le cerveau, rien n'est jamais figé, tout est en constante évolution.
La douleur : une énigme médicale persistante
Si la douleur semble universelle, elle reste étonnamment difficile à mesurer avec précision. « Nous n'avons pas de biomarqueur de la douleur », regrette Michel Lanteri-Minet, neurologue et responsable du centre antidouleur du CHU de Nice. L'imagerie cérébrale permet certes d'observer certaines zones activées lors d'un stimulus douloureux, mais elle ne suffit pas à déterminer exactement ce que ressent un patient.
Les différences entre les femmes et les hommes illustrent bien cette complexité. « Le sexe biologique ne représente que 2 à 3 % de la variabilité de la douleur », souligne le neurologue. Les facteurs sociaux, culturels et psychologiques jouent souvent un rôle bien plus significatif. Certaines pathologies révèlent aussi des biais persistants, comme la fibromyalgie, dont la prise en charge reste souvent inadaptée.
L'adolescence : un cerveau en pleine réorganisation
À l'adolescence, le cerveau traverse une phase spectaculaire de réorganisation, marquée par ce que les neuroscientifiques appellent l'« élagage synaptique ». Pour Bruno Falissard, psychiatre et chercheur, cette période correspond à un moment de grande plasticité, mais aussi de vulnérabilité accrue. « Un adolescent, c'est quelqu'un à qui l'on donne la pédale d'accélérateur sans la pédale de frein », synthétise-t-il.
Alors que les adolescents consomment moins d'alcool, de tabac ou de cannabis qu'il y a trente ans, certaines formes de souffrance semblent s'intensifier. Depuis 2015, les tentatives de suicide ont notamment augmenté chez les jeunes, en particulier chez les adolescentes, dans un contexte social marqué par la pression de l'image et la construction de l'identité.
La parentalité : une transformation cérébrale partagée
La parentalité constitue un autre moment clé de la transformation cérébrale. Si les modifications du cerveau maternel sont désormais bien documentées, les chercheurs s'intéressent de plus en plus à ce qui se passe chez les pères. Les travaux présentés par les psychiatres parisiens Hugo Bottemanne et Lucie Joly montrent que la paternité s'accompagne, elle aussi, d'ajustements biologiques significatifs.
« On se rend compte que, dès le début de la grossesse, le cerveau du père commence lui aussi à se transformer », explique Hugo Bottemanne. Ces modifications s'amplifient après la naissance, grâce à l'interaction avec le nourrisson. Lucie Joly ajoute que la dépression paternelle postnatale toucherait « de l'ordre de 5 à 8 % » des pères, un phénomène encore trop peu pris en compte.
L'intelligence artificielle : une révolution pour le diagnostic
L'intelligence artificielle transforme progressivement la recherche médicale, notamment dans le domaine des neurosciences. Pour Marco Lorenzi, directeur de recherche à l'Inria et au 3IA Côte d'Azur, elle permet d'analyser d'immenses volumes d'imagerie cérébrale afin de modéliser l'évolution de certaines maladies et d'en anticiper les trajectoires.
Dans le domaine du cancer, Aïda Meghraoui, fondatrice de la start-up ariah.bio, s'appuie sur l'analyse automatisée d'images histologiques. Une seule tumeur peut contenir plusieurs millions de cellules : l'IA permet de les examiner de manière exhaustive pour identifier des biomarqueurs associés à la réponse aux traitements. « L'enjeu n'est plus seulement technique, mais organisationnel », souligne Loïck Menvielle, directeur de la chaire « management de l'innovation en santé » à l'Edhec Business School de Nice.
Le CHU de Nice : un hôpital du futur en construction
Le forum Neuroplanète s'est ouvert dans un environnement hospitalier lui-même en pleine évolution. Partenaire de l'événement, le CHU de Nice poursuit sa mue vers la modernité. « Nous avons enrichi le site de Pasteur de 30 000 m² et installé une salle hybride de dernière génération que beaucoup de CHU nous envient », souligne son directeur général, Rodolphe Bourret.
Dans cette salle dopée à l'innovation, inaugurée à Pasteur 2 il y a quelques mois, les équipes peuvent désormais associer chirurgie classique et chirurgie endovasculaire. Grâce à une simple ponction cutanée et à des cathéters guidés dans les vaisseaux sanguins, ces techniques permettent de réduire la durée d'hospitalisation et d'intervenir chez des patients autrefois jugés inopérables. « Les chirurgiens cardiaques s'occupent de la pompe, et nous des tuyaux », résume le Pr Elixène Jean-Baptiste, chef du service de chirurgie vasculaire du CHU de Nice.
Neuroplanète a une fois de plus démontré que le cerveau reste un organe fascinant, dont les mystères continuent d'être explorés par la science, avec des implications concrètes pour la santé et le bien-être de tous.



