Seine-et-Marne : « On se couche avec la peur de ne pas se réveiller »
Depuis plusieurs semaines, patients, syndicats et élus s’inquiètent de l’avenir de l’Unité de Traitement de la Douleur (UTD) de Nemours, dédiée aux douleurs chroniques et maladies rares. Malgré les garanties affichées par la direction du Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne (CH Sud 77), la mobilisation ne faiblit pas autour de ce service considéré comme vital par de nombreux malades.
Un rassemblement pour exiger la pérennité du service
Ce jeudi 21 mai, environ soixante-dix personnes se sont rassemblées devant le site hospitalier de Nemours. Syndicalistes, politiques, patients, anonymes et même quelques blouses blanches étaient unis pour une seule cause : l’avenir de l’UTD. Depuis près d’un mois, cette unité, l’une des trente en France spécialisée dans les douleurs intolérables liées à des maladies rares, est au cœur des préoccupations. Créée il y a plus de vingt ans, elle a connu son âge d’or avant de voir ses effectifs diminuer.
Un personnel réduit et un départ redouté
Le staff médical, qui comptait autrefois une douzaine de spécialistes, une psychologue et des kinésithérapeutes, n’est plus représenté que par le professeur Marc Sorel, l’un des initiateurs du projet. Aujourd’hui à l’âge de la retraite, son départ, bien que non encore annoncé, est envisageable. Cette perspective suscite de vives craintes parmi les syndicats (CGT-CFDT) et les patients. La direction du CH Sud 77, qui regroupe également les sites de Fontainebleau et Montereau, a récemment apporté une réponse optimiste, mais elle ne convainc pas.
« Nous tirons une nouvelle fois le signal d’alarme et nous dénonçons le démantèlement progressif de cette structure spécialisée, a lancé une intervenante au micro. L’UTD n’est pas qu’un simple service de médecine générale ! Cette organisation n’a plus rien à voir avec la prise en charge d’une douleur en rapport avec une maladie chronique. »
L’élu local monte au créneau
Maxime Laisney, député de la 10e circonscription de Seine-et-Marne (LFI), a également pris la parole : « Cette situation suscite une vive inquiétude. Quelles garanties peuvent être apportées aux médecins et aux patients ? Derrière les mots, il y a des êtres humains et des personnes qui souffrent. »
Des patients en souffrance
Les patients, une centaine dans ce lieu, partagent tous le même combat contre des maladies rares, souvent sans traitement connu. « Le départ à la retraite du Dr Sorel sonne le glas de cette structure indispensable, a clamé une malade membre du Collectif Patients UTD. C’était notre unique refuge. La prise en charge a permis que l’on reprenne goût à la vie et même le travail pour certains. Désormais, on se couche pour la plupart avec la peur de ne pas se réveiller le lendemain... »
Christine, une retraitée de 63 ans, souffre d’une maladie rare du sang et de la maladie de Paget, qui fragilise les os. D’une voix timide, elle raconte son expérience : « Après un accident du travail lorsque j’étais pompier, en 2013, je suis entrée dans le service. On avait des spécialistes, des cadres de santé, des lits », détaille-t-elle, en décrivant un service qui s’est dégradé. « J’ai été soulagée mais depuis quelques années j’essaie désespérément d’avoir un rendez-vous pour avoir de la kétamine, le seul traitement qui réduit ma douleur. Il ne me reste que mon médecin traitant qui n’est pas habilité à m’en prescrire. Sur une échelle de 10 de la douleur, je suis à 10. »
La direction promet des embauches
Parmi les manifestants, une partie de la direction écoutait sans pouvoir prendre la parole. Dans un communiqué sur les réseaux sociaux, appuyé par Frédéric Valletoux, ancien maire de Fontainebleau et actuel président de la commission des affaires sociales de l’Assemblée, la direction du CH Sud 77 a assuré « une continuité des soins garantie ». Le DRH, présent lors de la manifestation, a précisé : « Nous tenons à affirmer que notre position n’est pas de fermer le service, mais au contraire d’augmenter le nombre de jours ouvrés (5/7 à 7/7). Aucun patient ne sera laissé dans la nature. Nous prévoyons des embauches de personnel paramédical. Aujourd’hui, nous n’avons pas de demande de retraite de M. Sorel. Tôt ou tard, il sera amené à le faire et devra organiser la continuité des soins auprès de sa patientèle. »
Mobilisation persistante
Aujourd’hui, l’UTD compte 22 lits, dont 10 en hospitalisation de jour et 2 en neuropsychologie. La CGT, qui demande un plan de recrutement en urgence d’une équipe médicale et paramédicale, a déposé un préavis de grève et prévient qu’elle « s’adressera à la tutelle » si elle n’est pas écoutée, pouvant aller jusqu’au ministère de la santé. Une pétition sur change.org a recueilli un peu plus de 900 signatures à ce jour.



