Le Var face à la menace grandissante du moustique tigre et du chikungunya
Les autorités sanitaires sont en état d'alerte maximale dans le département du Var, après une année 2025 particulièrement préoccupante où la région est devenue le troisième foyer national du chikungunya. La détection du premier cas autochtone en métropole l'été dernier, combinée à l'un des plus importants foyers recensés à Fréjus, a placé la lutte contre le moustique tigre au cœur des préoccupations sanitaires régionales.
Une situation épidémiologique alarmante
L'année 2025 a marqué un tournant dans la propagation du chikungunya dans le Var, avec 130 cas répartis sur douze zones différentes du département. Fréjus a été particulièrement touchée, enregistrant à elle seule 84 infections, principalement concentrées dans le quartier de Valescure entre avril et novembre. Cette période exceptionnellement longue d'activité du virus a surpris les spécialistes.
Plusieurs facteurs expliquent cette propagation inhabituelle. Le quartier de Valescure, de type pavillonnaire, offre des conditions idéales pour la prolifération des moustiques tigres : des réserves d'eau pour la reproduction, une végétation abondante pour les phases de repos des spécimens adultes, et une population humaine importante fournissant la nourriture nécessaire. De plus, le premier cas contaminé n'a pas été identifié rapidement, retardant d'autant les mesures de traitement adulticide.
Le retour imminent du moustique tigre
Avec l'arrivée du printemps, la question du retour du moustique tigre se pose avec acuité. « En ce moment, sauf situation exceptionnelle, il n'est pas présent à l'état adulte », tempère le responsable de l'Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen. Cependant, cela ne signifie pas que la menace est écartée.
Alexandra Muriel, ingénieure au service santé environnement de l'Agence régionale de santé Paca, explique : « Avec des mois d'octobre et novembre chauds, les femelles moustiques ont pu piquer et pondre en abondance. Quand il fera plus de 15 degrés le jour comme la nuit, les œufs contenus dans les coupelles et rebords vont alors éclore si rien n'est fait. » Cette éclosion pourrait débuter dès la mi-avril.
Des défis opérationnels majeurs
La lutte contre la propagation du chikungunya se heurte à plusieurs obstacles pratiques. L'année dernière, 109 traitements adulticides ont été réalisés dans le Var, mais leur efficacité a parfois été limitée par des difficultés sur le terrain.
« Certaines personnes sont absentes, d'autres ne se sentent pas concernées ou refusent de collaborer par peur d'une arnaque, des cambriolages ou des effets des produits employés », indique Alexandra Muriel. Ces réticences compliquent considérablement le travail des équipes sanitaires qui doivent intervenir dans un rayon de 150 mètres autour de chaque cas identifié.
Une propagation régionale sans précédent
La situation dans le Var s'inscrit dans un contexte régional plus large particulièrement préoccupant. Plus de 450 infections au chikungunya ont été répertoriées dans la région Paca durant l'année 2025, représentant 60% des cas autochtones au niveau de la France hexagonale.
Les chiffres sont sans précédent :
- 141 cas recensés à Antibes sur les 180 des Alpes-Maritimes
- 20 contaminations à La Croix-Valmer
- 8 cas à Ollioules
- 4 infections à Trans-en-Provence
- 3 cas à Bauduen
- 2 contaminations à La Crau
Six-Fours, Saint-Raphaël, Sanary, Rougiers, Roquebrune-sur-Argens et Toulon n'ont pas non plus été épargnés par la propagation du virus.
Le mécanisme de transmission
Le facteur commun à ces contaminations réside dans un mécanisme de transmission bien identifié. Un voyageur contaminé revenant d'une zone intertropicale où le chikungunya circule (comme La Réunion en 2024-2025, Mayotte, l'île Maurice, Madagascar ou les Antilles) se fait piquer à son retour en métropole par un moustique tigre. Ce dernier va ensuite s'attaquer à d'autres personnes et propager le virus dans la population locale.
Des perspectives incertaines pour 2026
Face à cette situation, les prévisions pour les prochains mois restent difficiles à établir. Clémentine Calba, épidémiologiste à Santé publique France Paca, concède : « Chaque année, on a des surprises. Il n'y a pas de raison que ça change. » L'imprévisibilité des conditions météorologiques et des comportements humains rend toute projection aléatoire.
Les autorités sanitaires rappellent cependant l'importance des gestes préventifs simples : vider régulièrement les coupelles, gamelles et autres réceptacles d'eau de pluie pour éviter l'éclosion des œufs de moustiques. Ces mesures, appliquées dès maintenant par l'ensemble de la population, pourraient limiter significativement la prolifération du moustique tigre dans les prochaines semaines.



