Médecine thermale menacée : Karine Dubourg défend un secteur fragilisé par le déremboursement
Médecine thermale menacée : Karine Dubourg défend le secteur

Médecine thermale menacée : Karine Dubourg défend un secteur fragilisé par le déremboursement

La menace de déremboursement des cures thermales est venue fragiliser un secteur en recherche constante de légitimité. Karine Dubourg, directrice adjointe et responsable de la recherche à l'Institut du thermalisme de Dax, entend défendre la médecine thermale avec conviction. Docteure en pharmacie, elle est présente depuis la création de l'institut en 2000, une composante unique de l'université de Bordeaux qui combine enseignement, diffusion de savoir et recherche appliquée.

Qu'est-ce que le thermalisme ?

Le thermalisme correspond à l'administration de soins thermaux à base d'eau minérale naturelle et de ses dérivés comme la boue, les gaz et la vapeur. Karine Dubourg précise : « Je dis eau minérale et pas thermale, qui véhicule une idée de chaleur, mais c'est la même chose. » Les eaux thermales se caractérisent par leur parcours géologique unique. Elles traversent des zones plus ou moins profondes où elles se chargent en minéraux avant de ressortir dans des lieux spécifiques comme Dax ou Préchacq-les-Bains.

La température varie selon la profondeur : 60°C à Dax contre 20°C à Salies-de-Béarn. Chaque eau minérale possède une composition distincte. Certaines sont embouteillées, mais uniquement si elles ne sont pas trop chargées, pour éviter des problèmes digestifs. Leur consommation se fait sur prescription médicale, généralement de 100 à 200 ml par jour.

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Le déroulement d'une cure thermale

Une cure thermale conventionnée dure trois semaines, avec 72 soins prodigués selon l'une des 12 orientations thérapeutiques reconnues par la Sécurité sociale. Les principales concernent les pathologies rhumatologiques et les affections des voies respiratoires. Le curiste bénéficie de trois visites médicales : au début pour la prescription, au milieu pour le contrôle et à la fin pour un premier bilan.

La panoplie des soins est variée : bains, aérobains, application de boues en cataplasme (illutation de péloïde), massages, activités en piscine, vapeurs dans des étuves locales, douches et kinésithérapie. Karine Dubourg insiste sur l'importance d'évaluer l'ensemble de la cure pour mesurer son efficacité : « Les soins, le changement de rythme et de cadre, le repos, le climat. »

Légitimité médicale et défis économiques

Plus de 60 études démontrent le service médical rendu par la cure thermale. Pourtant, le déremboursement a été envisagé, fragilisant un secteur qui concerne encore 450 000 curistes par an. Karine Dubourg reconnaît l'existence de quelques cures de complaisance, mais souligne que la très grande majorité concerne des pathologies chroniques identifiées.

Les cures thermales ne représentent que 0,1% du budget de la santé, un coût à comparer avec les soins de kinésithérapie, les consultations et la consommation de médicaments anti-inflammatoires. Pour beaucoup de curistes, souvent issus de milieux modestes, c'est leur seule parenthèse de l'année, avec une charge mentale diminuée, particulièrement pour les femmes qui sont majoritaires.

Différenciation avec la thalassothérapie et les spas

La thalassothérapie utilise l'eau de mer, dont la composition diffère significativement. Par exemple, l'eau thermale de Salies-de-Béarn contient 350 grammes de sel par litre, contre 35 grammes pour l'eau de l'Océan. Les 45 centres de thalassothérapie en France, situés en façade littorale, ne sont pas conventionnés et axent leur communication sur le bien-être plutôt que le médical.

Le boom des spas et l'émergence de mini-cures thermales non conventionnées brouillent le message pour les consommateurs. Ces mini-cures représentent 5% des cures et constituent un complément de revenus nécessaire pour les établissements. Karine Dubourg plaide pour une clarification : « Il faudrait être soit dans le sanitaire, soit dans le bien-être. » Elle évoque la possibilité de repenser le modèle, en s'inspirant de l'Espagne ou de l'Allemagne, avec un remboursement maintenu mais une cure réduite à deux semaines.

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L'Institut du thermalisme de Dax, avec sa plate-forme technologique directement alimentée en eau thermale, continue ses recherches en ingénierie sanitaire pour renforcer la légitimité scientifique du secteur. Avec 100 étudiants formés chaque année comme agents thermaux, spécialistes de la médecine thermale ou spa managers, l'institut joue un rôle clé dans la pérennité de cette médecine ancestrale mais menacée.