Pau : l'avenir incertain de la maternité Navarre révèle une crise nationale
Alors que la polyclinique Pau Pyrénées, regroupant les sites Navarre et Marzet, affiche un déficit prévisionnel de 6 millions d'euros pour 2025, l'inquiétude grandit quant au devenir de sa maternité. Cette situation s'inscrit dans une tendance lourde : depuis vingt ans, les établissements de naissance se raréfient sur l'ensemble du territoire français, contraignant les femmes à effectuer des trajets toujours plus longs pour accoucher.
Une restructuration qui plonge salariés et usagers dans le flou
Depuis la mi-novembre, les employés de la polyclinique naviguent dans l'incertitude. La direction, propriété du groupe bordelais GBNA depuis 2021, a annoncé un plan de redressement sans préciser ses contours. « On ne nous a jamais dit : 'Ces services vont fermer' », souligne une élue CFDT, tout en relevant que le déficit a triplé entre 2024 et 2025, passant de 2 à 6 millions d'euros. Les syndicats, sceptiques face aux explications invoquant une baisse d'activité en oncologie, aux urgences et à la maternité, ont pris la décision rare de saisir les comptes de l'établissement.
La maternité de la clinique Navarre, toute proche de l'hôpital public de Pau, a vu son activité chuter drastiquement : de 1 700 accouchements annuels en 2015, elle n'en prévoit plus que 900 pour 2025. Une soignante confie, amère : « On a l'impression qu'il ne faut pas en parler avant les élections. La question n'est pas d'opposer public et privé, mais bien de préserver l'accès aux soins. »
Un silence radio des autorités et des élus locaux
L'Agence régionale de santé (ARS), après avoir exprimé son inquiétude, s'est murée dans le silence. Les élus palois, bien que préoccupés, naviguent à vue face à cette situation relevant d'un groupe privé. Deux scénarios émergent : un report de l'activité vers le pôle mère-enfant tout juste inauguré à l'hôpital public voisin, ou un rachat par un autre groupe privé en meilleure santé financière.
Les difficultés de Navarre ne sont pas isolées dans la région. Entre 2023 et 2024, pas moins de quatre maternités privées ont fermé leurs portes : à Royan, Pessac, La Rochelle et Agen. Dans le même temps, quatre maternités publiques situées dans des villes de moins de 10 000 habitants ont également disparu, à Sarlat, Saint-Jean-d'Angély, Orthez et Oloron. Ironie du sort, l'activité des deux dernières avait été redirigée vers Pau et la clinique Navarre, censée ainsi sécuriser l'investissement du groupe GBNA.
40% des maternités françaises ont disparu depuis 1996
À l'échelle nationale, le constat est alarmant. Le nombre de maternités est passé de 720 en l'an 2000 à seulement 444 en 2024, soit une réduction de 40% depuis 1996. Cette hémorragie est en grande partie la conséquence des décrets périnatalité de 1998, qui ont imposé des normes strictes en matière de plateau technique, d'équipements et de personnel. De nombreux établissements, souvent privés et de type 1 (prenant en charge les grossesses à bas risque), n'ont pas pu se mettre aux normes.
Le nombre de maternités de type 1 est ainsi tombé de 97 en 2013 à 57 en 2023. En parallèle, les maternités de type 2 et 3, dotées de services de néonatalogie, sont restées stables. Cette rationalisation a un coût humain et territorial : la distance moyenne pour accéder à une première maternité ne cesse d'augmenter. Alors que 5,7% des parturientes vivaient à plus de trente minutes d'un établissement en 2000, elles étaient 7,6% en 2017. Un chiffre qui, selon toutes les projections, sera encore plus élevé en 2026.
La situation à Pau est donc un microcosme d'une crise nationale. Elle pose une question fondamentale : comment concilier la nécessaire qualité et sécurité des soins avec un maillage territorial garantissant un accès équitable pour toutes les femmes, notamment dans les zones moins denses ? La restructuration à venir à la polyclinique Pau Pyrénées sera un indicateur crucial de la réponse apportée par les pouvoirs publics et les acteurs privés à ce défi de santé publique.



