Le regard, clé secrète de l'attirance amoureuse selon une étude scientifique
Il est souvent admis que les mystères de l'amour appartiennent aux poètes et aux artistes, échappant à la rigueur scientifique qui risquerait de les disséquer froidement. Beaucoup préfèrent s'abandonner aux notions de « coup de foudre » ou de « raisons du cœur », sans chercher à en explorer les fondements psychologiques. Pourtant, le flirt et la séduction comptent parmi les forces les plus puissantes de l'humanité, et le choix du partenaire conditionne littéralement nos vies. Ainsi, étudier scientifiquement le rôle du contact visuel dans les relations amoureuses n'a rien d'incongru : c'est un objet de recherche pleinement légitime.
Le grand angle mort de la recherche sur l'amour
Comme le soulignent la psychologue Alexandra Hoffman et ses collègues dans une étude récente publiée dans Archives of Sexual Behavior, le regard n'avait jamais été examiné dans un contexte de rencontre naturelle jusqu'à présent. Si l'influence de l'attrait physique sur le choix du partenaire a été largement étudiée – avec des travaux sur la symétrie du visage, l'odeur corporelle ou le timbre de la voix –, une question demeure : peut-on prédire qui finira avec qui uniquement à partir de la manière dont deux personnes se regardent dans les yeux ? Selon les auteurs, c'est tout à fait possible. Le contact visuel, surtout lorsque chacun sait que l'autre est célibataire et disponible, trahit un intérêt réciproque. Le regard social remplit une double fonction : il permet de recueillir des informations sur autrui et d'en transmettre.
Les yeux, ces aimants sociaux
Les yeux agissent comme de minuscules aimants sociaux ; là où ils se posent, notre attention suit spontanément. Lorsque quelqu'un vous regarde, cela signifie que vous êtes digne d'intérêt, et si ce regard s'attarde, vous retenez vraiment son attention. Dans des interactions sociales affiliatives, notamment romantiques, être regardé est souvent l'objectif même de l'échange et suscite une impression de chaleur. Des travaux antérieurs montrent que les personnes croisant notre regard nous paraissent plus sympathiques, charismatiques et attirantes, comme si notre cerveau en tirait une conclusion implicite : quiconque me juge digne d'une telle attention ne peut être que quelqu'un de bien.
Peut-on prédire le choix amoureux ?
Alexandra Hoffman et ses coauteurs avancent que la durée de l'attention simultanée portée aux yeux de l'autre constitue un facteur prédictif du choix individuel du partenaire. Ils émettent l'hypothèse que plus le contact visuel est intense lors d'un speed dating, plus la probabilité que deux personnes se choisissent comme partenaires potentiels est élevée. Ils examinent également si établir et recevoir un contact visuel – distinct du regard mutuel – permet, à lui seul, de prédire ce choix. Autrement dit, cela revient à demander : accepteriez-vous de revoir cette personne ?
Le regard sous le microscope
Sur le plan méthodologique, cette étude de speed dating s'est avérée complexe à mettre en œuvre. Observer la dynamique visuelle de deux inconnus se rencontrant pour la première fois relevait du défi. Pour y parvenir, les chercheurs ont utilisé des lunettes de suivi oculaire, permettant d'enregistrer la scène en vidéo depuis le point de vue de chaque participant. Cette technologie a généré des données inédites, cartographiant avec précision les fixations oculaires dans un environnement réel. L'expérience a porté sur soixante jeunes adultes – trente femmes et trente hommes – chacun participant à quatre speed-dates de cinq minutes. Au total, 480 vidéos ont été enregistrées, nécessitant environ une heure de codage manuel chacune.
Ce que les données révèlent vraiment
Les résultats ont confirmé les attentes : les participants ayant échangé le plus de regards avec leur partenaire étaient plus enclins à souhaiter un second rendez-vous. Cet effet était produit uniquement par le contact visuel, et non par le simple fait de regarder le visage ou le corps de l'autre. De plus, il était totalement indépendant des notes attribuées à l'attrait physique et des estimations subjectives des participants quant à la fréquence des échanges de regards, qu'ils surestimaient largement. Tout reposait sur la fréquence objective des regards effectivement échangés. Les auteurs expliquent que lorsque nous sommes regardés, nous nous sentons touchés par celui qui nous regarde, comme si on nous appelait par notre prénom, favorisant un lien plus personnel.
Séduction, culture et malentendus
Plus étonnant encore, recevoir un contact visuel – sans nécessairement le rendre – augmente, de manière indépendante, l'envie de revoir l'autre. Cela peut évoquer les coquetteries de l'époque victorienne, où une jeune femme détournait timidement les yeux tout en étant intéressée. Cependant, dans des contextes moins codifiés, cette stratégie peut se retourner : celui qui reçoit le regard comprend l'intérêt, tandis que celui qui regarde reste dans l'incertitude et pourrait passer à autre chose. Bien que les données ne révèlent pas de différences marquées entre les sexes, le fait que les femmes aient passé moins de temps à soutenir le regard de leurs partenaires pourrait refléter ce type de tactique de séduction, qui ne fonctionne pas toujours. Des variations culturelles existent, invitant à la prudence avant toute généralisation, car l'étude portait sur de jeunes adultes européens.