Pénurie de dermatologues : kinés et infirmiers formés au dépistage
Kinés et infirmiers formés au dépistage des lésions cutanées

Face à la pénurie de dermatologues, des kinésithérapeutes et des infirmiers se forment au repérage des lésions cutanées suspectes. En Occitanie, une expérimentation menée depuis un an a permis de détecter quatre carcinomes et deux mélanomes sur 35 actes de repérage, selon l'URPS MK (Union Régionale des Professionnels de Santé libéraux Masseurs-Kinésithérapeutes) d'Occitanie.

Des kinés formés à la détection des lésions suspectes

« Des patients nous demandent parfois ce qu'on pense d'un grain de beauté qui évolue », témoigne Xavier Font, kinésithérapeute à Narbonne et vice-président de l'URPS MK d'Occitanie. « Il arrive qu'ils nous en parlent car on les voit régulièrement et sur de longues périodes. »

Le kinésithérapeute est à l'initiative d'une expérimentation menée depuis un an dans sa région. Grâce à un dermatologue, l'URPS MK d'Occitanie a formé un kiné par département, soit 13 au total, à la détection de lésions suspectes. « Les kinés vont faire du dépistage opportuniste, dans leur propre patientèle », explique Xavier Font.

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La téléexpertise, un outil pour pallier le manque de spécialistes

Avec l'aide financière de l'ARS, chaque kiné formé a été équipé d'un dermatoscope, sorte de mini-microscope permettant d'avoir une image nette. En cas de lésion suspecte, il transmet les images à un médecin généraliste formé en dermatologie ou à un dermatologue via une plateforme sécurisée. Seul ce dernier peut poser un diagnostic. Pour chaque téléexpertise, le kiné perçoit 10 euros, contre un peu plus du double pour le médecin.

Les infirmiers s'y mettent aussi. En effectuant un pansement, un bandage ou une toilette, ils peuvent repérer une anomalie cutanée, comme un changement de couleur ou de forme d'une lésion. « S'il y a bien une profession qui voit les gens tous nus, c'est nous », résume en rigolant Diane Braccagni, présidente de l'Organisation nationale des syndicats d'infirmiers libéraux (Onsil) et infirmière libérale dans le Perche.

Des outils d'IA et des limites à la téléexpertise

Afin d'aider les professionnels de santé à différencier lésions bénignes et suspectes, des dispositifs couplant dermatoscope, application d'intelligence artificielle et téléexpertise ont émergé. La Société française de dermatologie a appelé à la vigilance sur ces dispositifs. Certains patients auraient été faussement rassurés par les résultats délivrés, entraînant des retards de diagnostic.

Plus globalement, la téléexpertise ne séduit pas tous les professionnels de santé. « Je l'utilise pour les problèmes de peau qui ne mettent pas en jeu la vie du patient car je peux délivrer le traitement prescrit », estime Eric Myon, secrétaire général de l'Union des pharmacies groupées de France (UPGF). En téléexpertise, les médecins peuvent se trouver aux quatre coins de la France. « Si l'un d'entre eux diagnostique un mélanome ou un carcinome et qu'il n'y a pas de dermatologue disponible rapidement dans mon secteur, je fais quoi ? », s'interroge le pharmacien. Un problème d'autant plus important que l'image seule ne permet pas toujours de trancher. En cas de suspicion de cancer de la peau, un prélèvement suivi d'un examen anatomopathologique peut être nécessaire pour confirmer le diagnostic.

Un « maillage local » et des journées de dépistage en perspective

Dans son officine du 8e arrondissement de Paris, Eric Myon a opté pour une autre solution : créer un « maillage local ». Après de longues recherches, il a trouvé un médecin généraliste vers qui diriger les personnes qui se posent des questions quant à une lésion cutanée. Le médecin s'est engagé à voir ces patients sous 15 jours. Et si ce dernier a un doute, il contactera un onco-dermatologue qui a lui aussi assuré prendre rapidement ces patients.

Un travail en équipe que privilégie également la présidente de l'Onsil. « À la rentrée, avec mon équipe de soins primaires composée d'un pharmacien, un médecin, un kiné et une infirmière, nous allons faire des journées de dépistage, se réjouit Diane Braccagni. On va essayer de s'équiper d'un dermatoscope et inviter les patients qui ont un doute à venir. »

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