Infirmières Asalée sans salaire depuis 57 jours : mobilisation à Montpellier pour sauver un dispositif précieux
Depuis près de deux mois, 2 000 infirmières de l'association Asalée ne perçoivent plus de salaire en raison d'un conflit entre leur employeur et l'Assurance maladie. Ce jeudi 26 mars, plusieurs d'entre elles ont manifesté sur la place de la Comédie à Montpellier pour sensibiliser les Montpelliérains à leur situation critique et défendre un dispositif de santé essentiel.
Un conflit financier qui prive les soignants de rémunération
"La CNAM nous a supprimé les financements depuis décembre", témoigne Marie-Aurore Lagache, l'une des 25 infirmières travaillant dans l'Hérault. Cette subvention annuelle de 100 millions d'euros était vitale pour l'association. "Nous continuons de nous rendre au cabinet pour assurer nos consultations. Mais cela fait 57 jours que nous le faisons sans toucher le moindre salaire", ajoute-t-elle avec émotion.
Malgré cette absence de rémunération, les professionnelles de santé maintiennent leurs activités, démontrant un engagement remarquable envers leurs patients. Leur mobilisation publique vise à alerter sur les conséquences désastreuses de cette interruption de financement.
Asalée : un dispositif thérapeutique unique menacé
L'association Asalée permet à des malades chroniques de bénéficier gratuitement de séances d'éducation thérapeutique délivrées par des infirmiers. "Nous prenons une heure par patient, cela représente une aide importante pour eux", expliquent les infirmières présentes à la manifestation.
Julia, patiente d'Asalée, témoigne de l'impact concret de ce suivi : "L'infirmière s'occupe de ma dépression, de mon trouble psychiatrique, de mes problèmes cardiaques, de ma gestion du stress, de ma nutrition aussi. Elle prend le temps. Grâce à elle, j'ai perdu 10 kg en deux mois et ma santé ne cesse de s'améliorer."
Elle souligne également l'efficacité économique du dispositif : "Si je ne voyais pas une infirmière Asalée, je verrais cinq spécialistes différents. Et ça coûterait beaucoup plus cher au système de santé."
Un soutien syndical et des inquiétudes pour l'avenir
L'intersyndicale des libéraux de santé a exprimé son soutien aux infirmières Asalée, affirmant que "les infirmières Asalée sont utiles au parcours de soins. Le travail de coopération entre médecins et infirmiers dans la prise en charge des maladies chroniques est précieux et doit être préservé." Le 23 mars, elle a même appelé à la "mise à l'écart immédiate des dirigeants actuels" de l'association.
Une infirmière héraultaise, déguisée en "Miss Titanic" lors de la manifestation, a dénoncé les motivations de l'Assurance maladie : "Notre association permet à la Sécu de réaliser d'importantes économies. Ce qui dérange l'Assurance Maladie, c'est que les infirmières Asalée prennent du temps avec les patients."
Elle craint un changement de modèle : "Le plan de la Cnam, c'est de mettre en place une nouvelle gouvernance puis des consultations chrono d'infirmières." Une collègue montpelliéraine ajoute : "Si on passe à une consultation toutes les vingt minutes, on n'est plus dans l'humanité. On ne peut pas traiter les patients comme des numéros. On doit respecter leurs besoins."
Une situation administrative critique
L'Inspection générale des affaires sociales (Igas) avait sévèrement critiqué la gestion des dirigeants d'Asalée, ce qui a contribué à la crise actuelle. L'association s'est déclarée en cessation de paiements le 9 mars, et le tribunal judiciaire de Paris doit examiner sa situation ce vendredi 27 mars.
Cette décision judiciaire sera cruciale pour l'avenir du dispositif et pour les 2 000 infirmières qui attendent toujours leur salaire. Leur combat dépasse la simple question financière : il s'agit de préserver un modèle de soins humain et efficace, bénéfique tant pour les patients que pour le système de santé français.



