Les infirmiers libéraux du Gard suspendent les nouvelles prises en charge à domicile
La Fédération nationale des infirmiers du Gard a pris une décision radicale face à la flambée des prix du carburant. Depuis le vendredi 10 avril, l'organisation a suspendu toutes nouvelles prises en charge à domicile pour les patients en sortie d'hospitalisation. Cette mesure, qui touche particulièrement le département gardois, s'inscrit dans un mouvement national de protestation des professionnels de santé libéraux.
Des trajets quotidiens devenus insoutenables
Matthieu Reynet, président de la Fédération nationale des infirmiers du Gard, explique la gravité de la situation. "Dans le nord du Gard, certains confrères doivent parcourir en voiture entre 200 à 250 kilomètres par jour", révèle-t-il. "Cela représente environ 100 kilomètres au-dessus de la moyenne nationale. Ils font des pleins à 120 euros ! L'impact est de plus en plus important et c'est parti pour durer."
Les infirmiers libéraux, dont le cœur de métier consiste précisément à se rendre au domicile des patients, se retrouvent face à un dilemme économique. "Si on ne prend pas de mesures pour compenser la hausse du prix des carburants, cela va être de plus en plus difficile", confie Matthieu Reynet, qui exerce lui-même dans la région alésienne.
Un système de tarification qui ne suit pas l'inflation
La situation est d'autant plus complexe que les infirmiers libéraux ne peuvent répercuter ces coûts supplémentaires sur leurs honoraires. Les tarifs sont fixés par convention avec l'assurance maladie, créant une impasse financière pour ces professionnels de santé. Bien que théoriquement autorisés à pratiquer des dépassements d'honoraires "avec tact et mesure", cette possibilité reste rarement appliquée dans la réalité.
Matthieu Reynet détaille les conséquences concrètes : "Il y a désormais une sélectivité qui s'opère. Les infirmiers libéraux se posent la question de se rendre dans des secteurs éloignés pour de nouvelles prises en charge, considérant que cela constitue une perte de revenus." Pourtant, se rendre à domicile pour dispenser des soins fait partie intégrante de l'ADN de leur profession.
Des revendications précises et une action locale
Face à cette crise, la Fédération nationale des infirmiers du Gard a formulé des demandes concrètes :
- La mise en place immédiate d'une exonération totale des taxes sur le carburant professionnel (TICPE et TVA)
- Des mesures rapides pour compenser l'impact de la hausse des prix de l'énergie
- Une prise en compte des difficultés spécifiques des professionnels de santé libéraux
Alors que des contacts réguliers ont lieu au niveau national avec différents ministères (santé, économie, finances), dans le Gard, la FNI a adopté une approche plus directe. Un courrier a été envoyé au préfet du Gard ce mercredi 15 avril pour demander des mesures urgentes. Ces demandes pourraient également concerner les auxiliaires de vie, également pénalisés par cette hausse du prix du carburant.
La continuité des soins préservée malgré la protestation
Il est important de préciser que, durant ce mouvement de protestation, les infirmiers libéraux continueront d'assurer la continuité des soins en cours. Seules les nouvelles prises en charge sont suspendues, préservant ainsi la qualité des soins pour les patients déjà suivis.
Matthieu Reynet souligne que la hausse du prix du carburant n'est que la partie émergée de l'iceberg : "Au-delà de cette hausse, il y a une accumulation qui exaspère les professionnels. Nous avons négocié avec l'assurance maladie qui avait permis d'avoir un avenant. Mais, vu le contexte, ça va rogner sur les améliorations obtenues."
Cette situation, directement liée aux conséquences du conflit en Iran sur les prix de l'énergie, met en lumière les difficultés structurelles rencontrées par les professionnels de santé libéraux en milieu rural et périurbain. La réponse des autorités locales et nationales sera déterminante pour l'avenir de ces services essentiels à la population.



