Il n'y a pas une minute à perdre pour tenter de stopper la propagation du hantavirus des Andes. C'est le message martelé, ce mardi 12 mai, par la ministre de la Santé Stéphanie Rist, entourée de plusieurs professeurs de médecine.
Une réaction rapide pour briser la chaîne de contamination
« Pour enrayer une épidémie, il est très important de prendre les décisions très tôt. Comme l'a expliqué le Premier ministre, nous décidons d'appliquer le principe de précaution au niveau maximum. Nous devons absolument briser la chaîne de contamination », affirme-t-elle.
Le fait que la maladie soit apparue à bord d'un navire de croisière constitue un avantage pour les enquêteurs sanitaires. « Pour le Covid ou le Sras, cela partait d'une grande métropole. Là, cela part d'un bateau, avec 147 personnes identifiées à bord. On a l'opportunité de retrouver tous les cas contacts et de stopper la propagation. Mais c'est une nécessité absolue, car sinon on ne sait pas ce que cela peut engendrer », explique l'épidémiologiste Antoine Flahault.
Un virus particulièrement létal
Cette volonté d'agir vite s'explique aussi par la dangerosité du virus. Les autorités évoquent notamment l'état préoccupant d'une des patientes hospitalisées à Bichat. « La souche andine du hantavirus est la plus létale, avec jusqu'à 40 % de décès, selon les études scientifiques qui ont été documentées, notamment en Argentine », rappelle le Professeur Xavier Lescure, infectiologue à l'hôpital Bichat.
« Mais ces taux de décès élevés ont eu lieu dans des villages ruraux d'Amérique du Sud. On peut supposer que dans de grands hôpitaux ce ne serait pas la même chose », tente de rassurer Antoine Flahault, qui ne veut toutefois pas pêcher par optimisme.
La patiente de Bichat dans un état « sévère »
Une des passagères, qui se trouvait à bord du bateau et a été hospitalisée à Bichat, est dans un état très grave. « J'ai une pensée pour elle et sa famille. La patiente est en réanimation, avec la forme la plus sévère sur le plan cardio-pulmonaire. Elle est placée sous oxygénation artificielle. On espère que les lésions vont pouvoir se résorber », ajoute le Pr Xavier Lescure.
Elle est âgée « de plus de 65 ans » et a « d'autres comorbidités ». C'est la seule Française qui ait développé les symptômes de la maladie « hantavirus des Andes ». Quatre autres personnes, qui étaient aussi à bord du navire, sont hospitalisées, mais ne développent pas de symptômes. « Elles vont bien, mais sont sous surveillance stricte », souligne la ministre.
Des mesures strictes pour protéger les soignants
Pour éviter que le virus ne s'échappe, et puisse contaminer les soignants, le Pr Xavier Lescure a donné des détails sur les chambres des « Établissements de santé de référence » qui prennent en charge ces patients : « Ce sont des chambres avec un traitement de l'air à pression négative, qui diminue la transmission aérienne. Chacune a un sas d'entrée et de sortie. Des urgentistes, des réanimateurs, des infirmières sont entraînés perpétuellement au risque épidémique ». Il existe 18 établissements habilités ESR en France.
Des enfants parmi les cas contacts
Les autorités sanitaires ont aussi décidé d'hospitaliser les 22 « cas contacts » qui ont croisé la route des croisiéristes du bateau, notamment lors de vols retour, depuis l'Afrique du Sud. Ceux-ci sont « hospitalisés ou en cours d'hospitalisation », a précisé Stéphanie Rist. L'option de les laisser se confiner chez eux n'a pas été autorisée.
« Nous avons eu un débat, car ce n'est pas évident sur le plan des libertés publiques d'obliger les gens à être hospitalisés. Mais au regard du risque de propagation de l'épidémie, et avec le souvenir du Covid, nous avons pris cette décision, qu'ils acceptent. C'est mieux pour eux », concède Yazdan Yazdanpanah, Professeur de gastro-entérologie et hépatologie, à l'hôpital Bichat. Parmi ceux-ci figurent des enfants. Rien dans l'état de la science n'indique que la pathologie soit plus complexe, ou plus clémente, pour les enfants. « Nous n'avons pas encore beaucoup de retours de la littérature scientifique sur ce sujet », complète Caroline Semaille, directrice générale de Santé Publique France.
L'État mobilisé pour anticiper tous les risques
Au final, « l'État fait le maximum pour faire face. Nous avons bon espoir, mais notre rôle est d'anticiper tous les risques. Les stocks de masques ont été reconstitués, pour faire face à toute éventualité, si nécessaire », détaille Stéphanie Rist. Personne ne veut revivre la crise du Covid, mais son ombre plane toujours sur les esprits.



