Qu'est-ce qu'une fracture de verge ?
La fracture de la verge correspond à une rupture de l’albuginée, la membrane qui entoure les corps caverneux. Ces sortes d’« éponges » se gorgeant de sang rigidifient l’ensemble lors de l’érection. Lorsque le pénis subit une pliure trop importante, entraînant une pression excessive à l’intérieur des corps caverneux, la fracture survient. L’albuginée se rompt, le sang se diffuse largement dans le fourreau de la verge, provoquant un hématome impressionnant. Elle peut également s’accompagner d’une lésion de l’urètre, le conduit reliant la vessie à l’extérieur.
Dans quelles circonstances survient-elle ?
Cette fracture se produit généralement lors d’un traumatisme pendant une érection, quand l’albuginée est particulièrement fine et fragile. Dans un cas sur deux (46 %), elle résulte d’un « faux pas » lors du coït, le traumatisme étant causé par le plancher pelvien du ou de la partenaire pendant la pénétration. Dans un cas sur cinq (18 %), une masturbation traumatique en est la cause. Dans 11 % des cas, la fracture résulte d’un traumatisme externe ou d’une plicature involontaire. Enfin, dans 21 % des cas, elle peut être provoquée par une pliure volontaire dite « manuelle ». Si en Occident la cause la plus fréquente est le rapport sexuel, au Moyen-Orient et au Maghreb, la « manœuvre de Taghaandan » (compression pour stopper l’érection) prédomine.
Symptômes : un craquement qui ne trompe pas
Le tableau clinique typique associe un craquement audible au moment du traumatisme, une douleur aiguë immédiate, une perte instantanée de l’érection et l’apparition d’un hématome donnant à la verge un aspect dit en « aubergine ». L’homme paniqué se présente généralement aux urgences dans les 24 heures. Il arrive que certains attendent plusieurs jours. Il est impératif de ne pas attendre.
Pourquoi ne pas refuser la chirurgie ?
Les recommandations européennes préconisent une prise en charge chirurgicale sous anesthésie générale. L’objectif est d’identifier la fracture de l’albuginée du corps caverneux et de suturer la lésion. Une incision circulaire est réalisée sous le gland, puis la verge est complètement « déshabillée » pour repérer la rupture. Plusieurs études comparant le traitement médical (soulagement des symptômes) à la chirurgie montrent que cette dernière limite fortement les risques de complications fonctionnelles à long terme : dysfonction érectile, courbure secondaire, maladie de Lapeyronie (déformation progressive et douloureuse par plaques de fibrose) et douleurs lors des érections.
Une étude a clairement démontré que chez les patients refusant la chirurgie, le risque de complications (dysfonction érectile, courbure, douleurs) atteint 50 à 60 % avec un traitement médicamenteux seul. En revanche, après exploration chirurgicale, les conséquences sur la cicatrisation et l’impact sexuel sont presque nuls.
Opérer rapidement : un facteur clé
Faut-il opérer dans les 24 heures ou attendre la résorption de l’hématome ? Les études, bien que peu nombreuses, indiquent qu’une prise en charge immédiate est préférable. Un retard de plusieurs jours peut entraîner des conséquences sur la fonction érectile, une courbure définitive et des douleurs lors des rapports. Mieux vaut tard que jamais ! Le Dr Alexandra Clerget, urologue à l’Hôpital Paris Saint Joseph, précise : « Bien que le taux de courbure et de dysfonction érectile soit parfois plus élevé en cas de prise en charge chirurgicale différée (au-delà de 24h), ces taux restent inférieurs à ceux observés avec un traitement médical seul. Ainsi, un patient se présentant plusieurs jours après la fracture doit bénéficier d’une chirurgie rapide pour préserver sa fonction érectile et limiter les complications. »



