Inde : les cliniques d'amaigrissement ciblent les futurs mariés avec des forfaits spéciaux
Les futurs mariés en Inde, femmes comme hommes, sont devenus une cible privilégiée pour les cliniques d'amaigrissement. Ces établissements proposent désormais des forfaits « perte de poids » spécifiquement conçus pour le « grand jour », intégrant les derniers traitements médicamenteux comme Mounjaro et Wegovy.
Une demande croissante pour des transformations pré-mariage
Huit médecins interrogés par Reuters confirment recevoir de plus en plus de demandes de la part de futurs mariés, en particulier des femmes. Le Mounjaro, premier médicament à base de GLP-1 commercialisé en Inde à la fois contre le diabète et l'obésité, suscite un intérêt grandissant, dépassant même celui de Wegovy. Certaines cliniques surfent sur cette tendance en combinant ces injections avec des offres de transformation « pré-mariage », traditionnellement axées sur les soins de la peau et les relookings capillaires.
La clinique de bien-être Klarity Skin Clinic à New Delhi fait par exemple la promotion d'un forfait « mariée Mounjaro ». Un chirurgien bariatrique indique que plus de 20 % des demandes récentes liées à ces traitements proviennent de futures mariées, qui précisent parfois la date de leur union. Il souligne toutefois ne les prescrire que pour des raisons strictement médicales.
La pression sociale derrière la quête de minceur
Cette demande s'inscrit dans un contexte de forte pression sociale. Plusieurs témoignages révèlent la nécessité perçue de correspondre à des critères physiques stricts pour le mariage. Aditi, 26 ans, explique avoir perdu 10 kg grâce au Mounjaro avant sa cérémonie, après l'échec du sport et des régimes. « Si je ne suis pas heureuse, je ne me sens pas confiante. Je ne voulais pas me sentir ainsi le jour de mon mariage », confie-t-elle.
D'autres recourent à ces médicaments pour éviter des remarques blessantes sur leur poids, voire des refus de mariage. Priya, 27 ans, employée dans le secteur des technologies à Bangalore, partage son expérience douloureuse : « Des hommes et leurs familles ont rejeté ma demande en mariage à cause de mon poids. On m'a dit que j'étais grosse ». Sur les conseils d'un médecin, Akshitha a également opté pour les injections, perdant 15 kg pour atteindre 76 kg avant son mariage à Hyderabad l'an dernier. « Il y a tellement de chaos avant le mariage... Je savais que je n'aurais pas le temps d'aller à la salle de sport. C'est là que ces médicaments m'ont semblé être une meilleure option », explique-t-elle.
Un marché en plein essor et des mises en garde
Arrivés sur le marché indien en 2025, ces traitements amaigrissants connaissent un essor rapide. Le marché des médicaments contre l'obésité pourrait atteindre 80 milliards de roupies d'ici 2030. Les ventes de Mounjaro ont déjà doublé en quelques mois, et des versions moins chères commencent à apparaître après la fin de certains brevets.
Pourtant, ces traitements sont destinés à des patients souffrant d'obésité ou de pathologies associées. Les laboratoires, comme Eli Lilly et Novo Nordisk, rappellent qu'ils doivent être utilisés sous supervision médicale et déconseillent toute automédication. Face aux usages détournés, les autorités sanitaires indiennes ont renforcé la surveillance des ventes et de la promotion non autorisées.
Le Dr Swati Pradhan, fondatrice de la clinique spécialisée Live Light, met en garde : « Nous comprenons la curiosité, mais cela ne peut pas être une solution miracle ». Selon une étude publiée dans The Lancet, l'Inde pourrait compter plus de 440 millions de personnes en surpoids ou obèses d'ici 2050, soulignant l'importance d'une approche médicale responsable face à cette problématique croissante.



