Ebola, variole du singe, Covid : le monde recule face aux pandémies, alerte un rapport
Ebola, variole du singe, Covid : le monde recule face aux pandémies

Alors que le monde s'alarmait ces dernières semaines de voir surgir l'hantavirus, un autre virus s'est rappelé à l'attention de la planète, la République démocratique du Congo peinant à contenir sa 17e épidémie d'Ebola. Ces vagues infectieuses "ne sont que les dernières crises en date dans notre monde troublé", s'est désolé le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en ouvrant l’Assemblée annuelle de l’agence onusienne, lundi 18 mai.

Des épidémies de plus en plus fréquentes

Avant elles, la variole du singe semait la panique, et, évidemment, le Covid-19 déclenchait une catastrophe sanitaire sans précédent contemporain. Face à ces crises, des efforts internationaux en berne ne sont pas parvenus à se hisser à la hauteur du risque pandémique depuis une dizaine d'années, alerte le Conseil mondial de suivi de la préparation aux crises sanitaires (GPMB), dans un rapport paru ce lundi 18 mai. Et l'organisation de s'inquiéter : "le monde recule".

Organe indépendant créé par l'OMS et la Banque mondiale en 2018 pour affronter la première explosion des cas d'Ebola, le GPMB analyse dans ce bilan une décennie d'urgences de santé publique de portée internationale et "évalue leurs répercussions sur les systèmes de santé, les économies et les sociétés".

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Un monde plus vulnérable et plus divisé

Dans l'ensemble, les experts observent que, malgré les nombreuses épidémies qui ont frappé le monde ces dernières années et malgré une progression dans les capacités à développer les vaccins, l’accès à ces derniers mais aussi aux diagnostics et aux traitements dans les pays les plus pauvres recule. Lors des récentes épidémies de variole du singe, il a fallu près de deux ans pour que les vaccins parviennent aux pays d'Afrique touchés. 17 mois pour la piqûre contre le Covid-19.

Une perspective alarmante pour le conseil qui entrevoit "un avenir où les pandémies et autres urgences de santé publique pourraient devenir plus fréquentes et plus difficiles à gérer, dans un monde plus vulnérable, plus divisé, plus endetté et donc moins capable de protéger les populations". Car le GPMB alerte : les vagues de maladies infectieuses sont de plus en plus fréquentes, leur transmission étant favorisée par la crise climatique, les conflits armés, l'augmentation des inégalités sociales et des tensions géopolitiques. Un cocktail d'autant plus dangereux qu'il ne fait qu'éroder la collaboration internationale pour prévenir et contenir les maladies.

Les conséquences directes et mortelles du rabotage budgétaire

Une coopération également sapée sur le plan économique. L’aide internationale au développement consacrée à la santé est en chute libre, souligne aussi le GPMB. Son niveau n'avait jamais été aussi faible depuis 2009, en pleine crise des subprimes. L'OMS elle-même a été affectée par des coupes budgétaires, des défiances envers la science et des pressions politiques, venues notamment des États-Unis qui ont claqué la porte de l'institution en janvier. Départ qui a coûté plus de 2 milliards de dollars à l'organisation onusienne.

Lundi, à l'occasion de l'assemblée de l'OMS, le professeur spécialiste des politiques de santé Matthew Kavanagh s'inquiétait donc d'un trou budgétaire qui a pu contribuer à plonger le monde dans une situation où il "joue à chat contre un agent pathogène très dangereux". Et de cingler : "Nous constatons aujourd’hui les conséquences directes et mortelles du fait de considérer la sécurité sanitaire mondiale comme une dépense facultative."

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Le monde ne manque pas de solutions

Mais les experts du Conseil mondial de suivi de la préparation aux crises sanitaires l'assurent, il est encore possible de remonter la pente. "Le monde ne manque pas de solutions", a assuré la coprésidente du GPMB, Kolinda Grabar-Kitarovic. "Les dirigeants politiques, l’industrie et la société civile peuvent encore changer le cours de la préparation mondiale – s’ils transforment leurs engagements en progrès mesurables avant que la prochaine crise ne frappe", a ajouté l'ancienne présidente croate. Pour y parvenir, le GPMB – dont le mandat prendra fin en 2026 – identifie trois priorités : instaurer un système de surveillance permanent et indépendant pour suivre les risques pandémiques, promouvoir un accès équitable aux diagnostics, aux traitements et aux soins, et garantir des financements solides et durables dès le "jour zéro".

Jusqu'à vendredi, l'OMS, réunie à Genève, débattra des grands enjeux sanitaires contemporains. Entre autres, la réforme de l’architecture de la santé mondiale qu'elle ambitionne d'adapter aux nouveaux défis que représentent les changements démographiques, économiques, environnementaux, épidémiologiques et géopolitiques.