Le dépistage du cancer du poumon franchit une étape décisive en France. À partir de ce lundi 11 mai, le programme national « Impulsion » est officiellement lancé, avec la région Sud comme l’une des cinq zones pilotes. Copiloté depuis Nice par le professeur Charles-Hugo Marquette, ce dispositif devient le modèle de référence pour l’ensemble du territoire.
Une victoire pour la santé publique
L’annonce a été faite par la ministre de la Santé, qui a salué plusieurs années d’expérimentation locale couronnées de succès. L’objectif d’Impulsion est clair : détecter plus tôt les cancers du poumon chez les personnes à risque, grâce à une stratégie combinant scanner thoracique à faible dose, test respiratoire et un parcours de soins accéléré et structuré. D’ici 2030, le programme sera progressivement étendu à l’ensemble du pays. Sur les deux premières années, environ 20 000 patients seront dépistés au niveau national, dont 1 600 dans la région Sud.
Nice, laboratoire de la réussite
Nice est au cœur de ce déploiement grâce au travail pionnier de l’Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) RespirERA, où le Pr Marquette dirige la recherche clinique. En deux ans, 900 personnes ont été dépistées localement. Les résultats sont impressionnants : alors que le cancer du poumon est souvent découvert trop tard, les équipes azuréennes parviennent désormais à le détecter à un stade infra-centimétrique. « Actuellement, on dépiste un nouveau cancer du poumon tous les 10 à 15 jours, explique le Pr Marquette. Sans dépistage, ces patients seraient arrivés dans nos services dans trois ou cinq ans, avec une maladie beaucoup plus avancée. Aujourd’hui, on découvre le plus souvent des tumeurs de quelques millimètres, opérables sans difficulté. C’est là que le dépistage change réellement le pronostic. »
Une approche globale de la santé pulmonaire
L’originalité du modèle niçois, qui a séduit les autorités nationales, réside dans son approche globale. On ne parle plus seulement de cancer, mais de « santé pulmonaire ». Le parcours associe systématiquement un scanner thoracique à faible dose et une mesure du souffle (spirométrie). Cette approche permet de lever les tabous et la peur. « Quand on va vers les gens en leur proposant un check-up de leur santé respiratoire, l’accueil est extrêmement positif », souligne le Pr Marquette. Au-delà du cancer du poumon, le programme permet de détecter d’autres pathologies respiratoires fréquentes mais souvent méconnues. « La réalisation systématique d’une spirométrie permet de découvrir environ 15 % de BPCO non diagnostiquées chez des personnes à risque, ajoute-t-il. Et au scanner, un tiers présentent un emphysème. » Pour le spécialiste, l’enjeu est double : dépister plus tôt les cancers, mais aussi intervenir sur les maladies liées au tabac, en favorisant le sevrage. « Dire à un patient : “vous avez un emphysème”, ça change complètement la discussion sur l’arrêt du tabac. »
Un scanner dans la semaine
Pour réussir, Nice a cassé les codes de l’administration médicale. Les professionnels vont au-devant des citoyens, et ceux-ci repartent avec leur rendez-vous de scanner en main pour la semaine même. « Avant, ils devaient attendre trois à six semaines. Aujourd’hui, les personnels sur le terrain ont accès aux plannings des radiologues hospitaliers et libéraux en temps réel. Cette réactivité est la clé de notre taux d’adhésion de 99 % », se félicite le Pr Marquette. Le succès des dépistages de rue déjà menés localement ne laisse aucun doute sur les attentes : « Les gens ont besoin de savoir, et nous sommes enfin en mesure de les prendre en charge avant qu’il ne soit trop tard. L’enjeu maintenant, c’est la montée en charge. On sait que le système fonctionne, il faut désormais le déployer à grande échelle, sans perdre en qualité. »
Qui peut bénéficier du dépistage ?
Le programme s’adresse aux personnes de plus de 50 ans, fumeurs ou anciens fumeurs (ayant consommé environ un paquet par jour pendant 20 ans). Un questionnaire permet de savoir si l’on est éligible et d’identifier le centre de radiologie le plus proche équipé de l’intelligence artificielle d’aide au diagnostic. « Ce double regard permet de détecter des nodules difficilement visibles à l’œil nu et garantit une fiabilité maximale du diagnostic sur tout le territoire », précise le Pr Marquette. Pour vérifier son éligibilité et connaître les centres de dépistage, il est possible de contacter le 04 92 03 87 77 ou d’écrire à impulsion@chu-nice.fr. Un numéro vert national (3433) et un site web (www.depistage-cancer-poumon.fr) sont également fonctionnels dès le 11 mai.
D’autres actions en parallèle
En complément du programme Impulsion, l’IHU RespirERA développe trois autres approches : la sensibilisation des populations ayant un accès limité aux soins, le développement d’une signature biologique comme outil complémentaire au scanner (pour déterminer qui doit passer un scanner ou quels nodules nécessitent une intervention invasive), et la mise en œuvre d’une approche holistique de prédiction du risque, associant phénotype de l’individu, radiomique et signature biologique afin d’évaluer plus finement le risque et de personnaliser le dépistage.



