Colorants alimentaires et cancer : les conseils de Mathilde Touvier
Colorants et cancer : les conseils de Mathilde Touvier

De nouvelles études, publiées ce lundi dans les revues Diabetes Care, European Journal of Epidemiology et European Heart Journal, établissent des liens entre colorants alimentaires et cancer, ainsi que diabète de type 2. Leur coordinatrice, Mathilde Touvier, directrice de l'équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle à l'Inserm, nous explique quels enseignements en tirer.

Quelle nouveauté cette étude apporte-t-elle ?

Grâce à la cohorte NutriNet-Santé, c'est la première fois au monde que nous mesurons l'exposition aux additifs alimentaires d'une large population (183 000 adultes en France) et la survenue de différentes maladies. Nous en sommes à quinze études montrant des liens entre additifs et maladies chroniques, mais c'est la première fois pour les colorants.

Comment avez-vous procédé ?

Les participants doivent avoir au moins 18 ans, parler français et avoir accès à Internet. Ils remplissent des questionnaires en ligne. Nous avons calculé les apports quotidiens en colorants pour chaque participant, puis divisé la cohorte en trois groupes selon leur niveau d'exposition.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Quels sont les principaux résultats ?

Nous avons constaté que les colorants alimentaires étaient associés à une augmentation du risque de diabète de type 2 (+38 %) et de cancer (+14 %) chez les plus forts consommateurs, par rapport à ceux qui en consomment moins. Les colorants comme le bêtacarotène (E150a) ou la curcumine (E100) se retrouvent dans de nombreux produits ultratransformés : plats préparés, biscuits, sauces, yaourts aromatisés.

Comment écarter les autres facteurs de risque ?

Nous avons isolé l'effet potentiel des colorants en prenant en compte tous les autres facteurs de risque (tabac, activité physique, consommation de gras, sucre, etc.). Notre modèle épidémiologique fait varier uniquement l'exposition aux colorants, toutes choses égales par ailleurs.

Comment limiter les risques ?

Il est important de comprendre qu'il s'agit de comportements réguliers. Manger des bonbons colorés à un anniversaire n'entraîne pas de risque. C'est la répétition sur plusieurs années qui pose problème. Nous appelons à limiter notre consommation de produits ultratransformés, car les colorants en sont un marqueur important.

Conseillez-vous de lire les étiquettes ?

Les étiquettes indiquent la présence d'un colorant, mais pas la dose. Pour éviter la psychose, il faudrait régler les problèmes à la base : nos travaux devraient servir à réévaluer la sécurité de ces additifs et, éventuellement, à interdire certaines substances.

Est-il trop tard si j'ai beaucoup consommé de produits ultratransformés ?

Non, il n'est jamais trop tard. Réduire sa consommation apporte des bénéfices. Il ne faut pas se cacher derrière l'excuse du « c'est trop tard ».

Prévoyez-vous d'autres études ?

Oui, nous avons soumis un article sur les liens entre colorants et hypertension/maladies cardiovasculaires, et nous travaillons sur les mélanges de produits pour étudier un éventuel effet cocktail.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale