Un médecin-député en croisade pour les maternités de proximité
Paul-André Colombani, député de la seconde circonscription de Corse-du-Sud et médecin de profession, a déposé une proposition de loi au printemps 2025 visant à lutter contre la mortalité infantile en France. Ce texte, adopté par l'Assemblée nationale en avril, réclame notamment un moratoire sur les fermetures de maternités, particulièrement dans les territoires isolés.
Une proposition qui divise la profession médicale
Issu d'un département très reculé, le médecin et élu corse conteste fermement la fermeture automatique des petites structures obstétricales et les décisions uniquement fondées sur le nombre de naissances. « Quand on est 23e pays européen en termes de mortalité infantile, derrière la Pologne ou la Bulgarie, on ferait mieux de se concentrer sur les solutions que sur la polémique », affirme-t-il avec conviction.
Pourtant, sa proposition a reçu un accueil particulièrement frais de la part de nombreux professionnels de santé. Dans une tribune publiée dans Le Monde, des médecins ont dénoncé une « proposition populiste », ce qui a profondément désarçonné le député. « Ma proposition de loi dérange visiblement certains lobbys, qui m'accusent de mensonge et d'électoralisme », a-t-il réagi sur les réseaux sociaux.
Le dilemme des petites maternités en zone rurale
Les critiques des gynécologues et de l'Académie de médecine pointent du doigt les risques potentiels dans les petites maternités où les personnels ne pratiqueraient pas suffisamment. Paul-André Colombani ne remet pas en cause cet argumentaire scientifique, mais insiste sur la réalité géographique : « Il y a des endroits où on est loin de tout, comme chez moi à Porto-Vecchio, où on a une petite maternité de 250 accouchements. Il faut à tout prix la laisser ouverte ».
Le député corse décrit un cercle vicieux préoccupant : « Moins on donne de moyens aux petites maternités, moins elles attireront ». Le manque chronique de médecins dans ces structures menacées pousse les professionnels vers les plus grandes maternités, mieux équipées et avec des conditions de travail moins contraignantes.
La question cruciale de l'accessibilité aux soins
Paul-André Colombani se défend de vouloir maintenir toutes les maternités ouvertes coûte que coûte. Il prône plutôt une approche pragmatique et au cas par cas : « Je ne suis pas pour que tout reste ouvert mais je dis qu'il faut être pragmatique ». Sa préoccupation majeure concerne l'éloignement géographique qui peut mettre en danger des femmes enceintes.
« Comment gère-t-on les cas cliniques, que j'ai connus dans ma famille, comme les codes rouges, quand on est à deux heures de la maternité ? », interroge-t-il avec inquiétude. Cette question résonne particulièrement dans les territoires insulaires et montagneux où les distances peuvent être critiques en situation d'urgence obstétricale.
Un parcours législatif semé d'embûches
Malgré son adoption à l'Assemblée nationale, la proposition de loi du député Colombani rencontre des difficultés au Sénat. « Ce battage médiatique a beaucoup refroidi les sénateurs », explique-t-il. Aucun sénateur n'a pour l'instant accepté de porter le texte dans la chambre haute, créant ainsi un blocage législatif.
Le député Liot avoue que son étiquette politique complique les choses : « Si j'avais été PS ou LR, ç'aurait été plus simple... ». Pendant ce temps, le débat scientifique continue de faire rage, avec des experts comme le pédiatre Jean-Christophe Rozé affirmant dans Le Monde qu'« il n'existe aucune étude démontrant un lien entre proximité géographique et sécurité ».
Cette controverse met en lumière les tensions profondes entre rationalisation des services de santé et maintien de l'accès aux soins dans les territoires les plus éloignés, un dilemme qui dépasse largement le seul cas corse pour concerner l'ensemble des zones rurales françaises.



