Le CHU de Bordeaux inaugure une filière pionnière contre les AVC et troubles cognitifs
CHU Bordeaux : une clinique pionnière contre les maladies cérébrales

Une innovation médicale française contre les maladies cérébrales silencieuses

Le CHU de Bordeaux vient d'inaugurer une filière de soins préventifs inédite en France, dédiée spécifiquement à la prévention des accidents vasculaires cérébraux et des troubles cognitifs. Cette initiative médicale pionnière se concentre particulièrement sur la maladie silencieuse des petits vaisseaux cérébraux, une pathologie souvent difficile à détecter mais aux conséquences potentiellement graves.

Une patiente témoigne de cette approche novatrice

Catherine, 68 ans, est arrivée à vélo sur le site de l'hôpital Pellegrin du CHU de Bordeaux. Cette patiente élégante et dynamique compte parmi les premières bénéficiaires de la toute nouvelle clinique de prévention de la maladie des petits vaisseaux cérébraux. Après avoir pris l'ascenseur jusqu'au 9e étage, elle parcourt les couloirs avec assurance, ses rendez-vous avec plusieurs praticiens étant parfaitement organisés. Sans appréhension ni doute, elle effectue sa deuxième visite au sein de ce service innovant.

« Oui, je marche, je pédale, et depuis quelque temps je multiplie les jeux de mémoire et de réflexes pour garder le cap », confie-t-elle. « C'est mon médecin généraliste qui m'a envoyée ici, parce que j'avais ralenti et mes proches étaient inquiets de voir ma perte d'attention, de mémoire et des vertiges réguliers. »

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Il y a quelques semaines, Catherine a été accueillie pour la première fois dans cette unité nouvelle, où elle a été hospitalisée pendant deux jours. Durant cette période, elle a subi une série d'examens complets : IRM cérébrale, analyses sanguines approfondies et divers tests cognitifs. L'IRM a révélé des anomalies microvasculaires, une découverte qu'elle a accueillie avec sérénité.

« Je ne m'en étais pas rendu compte, admet-elle. Tout le monde, ici, a été aux petits soins avec moi, on m'a expliqué, j'ai été rassurée. »

Un suivi médical personnalisé et des recherches prometteuses

Le professeur Igor Sibon, neurologue au CHU de Bordeaux et directeur par intérim de l'IHU VBHI (Vascular Brain Health Institute), explique la philosophie de cette approche innovante : « Nous avons décidé de monter cette unité de soins préventifs, adossée à l'IHU, parce que cette maladie sous-traitée, mal diagnostiquée, peut être contrôlée, si on connaît les facteurs de risque vasculaire et qu'on les prévient. »

Catherine fait désormais partie d'une cohorte de patients qui bénéficieront d'un suivi médical à long terme. Ses résultats, ainsi que ceux des autres patients, permettront aux chercheurs de l'IHU VBHI de Bordeaux d'approfondir considérablement la connaissance de cette maladie complexe.

La sexagénaire sait maintenant à quoi sont liés ses troubles et elle a accepté un accompagnement médical complet, incluant notamment des séances régulières avec un orthophoniste et un kinésithérapeute. « J'espère ainsi que mes symptômes vont régresser », exprime-t-elle avec optimisme.

L'hypertension : principal facteur de risque identifié

En France, on estime à 140 000 le nombre annuel de personnes touchées par un AVC, devenu la troisième cause de mortalité avec environ 40 000 décès chaque année. Cependant, les affections plus silencieuses concernant les petits vaisseaux cérébraux représentent un défi médical tout aussi important.

« Nous avons fait de grands progrès thérapeutiques dans la prise en charge des AVC », commente le professeur Sibon. « La maladie des petits vaisseaux cérébraux se révèle plus difficile à déceler, parce qu'elle est souvent asymptomatique et très sous-estimée. On ne peut même pas en évaluer précisément la prévalence, mais nous estimons qu'environ 400 millions de personnes pourraient être touchées dans le monde. »

Cette maladie n'est généralement détectée que lors d'IRM cérébrales, examen que ne subissent pas toutes les personnes dont l'état cognitif se dégrade progressivement. Petit à petit, leurs capacités s'amenuisent, avec des manifestations variables selon les individus.

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« On va remarquer, selon leur histoire, une capacité de concentration et d'attention réduites, des pertes de mémoire ; ou bien on observera, chez d'autres, un ralentissement de la marche, ce qui n'est jamais anodin ; ou encore une baisse de moral que l'on peut qualifier de dépression vasculaire », détaille le neurologue.

Le premier facteur de risque identifié reste aujourd'hui l'hypertension, suivie de l'obésité et du tabagisme. « Tous ces facteurs de risques sont modifiables, d'où l'intérêt pour nous d'avoir monté une clinique de la prévention », insiste le professeur Sibon.

Vers des traitements personnalisés et une médecine de précision

L'IHU VBHI, en lien direct avec la clinique de prévention, développe activement des connaissances sur cette pathologie complexe, dans l'objectif de découvrir de nouveaux traitements plus efficaces.

« En déterminant les causes précises de la maladie, nous pourrons proposer un traitement et un suivi véritablement personnalisé », explique le professeur Sibon. « Le contrôle de la tension artérielle est prioritaire, aussi nous faisons la promotion de l'automesure quotidienne avec des outils adaptés. L'IHU travaille sur l'efficacité des outils digitaux à mettre entre les mains des patients. »

Comme il n'existe pas encore d'essai thérapeutique spécifique en cours, l'IHU évalue notamment l'influence potentielle de l'apport d'aspirine pour limiter les micro-AVC, sachant que les données scientifiques actuelles ne font pas consensus sur cette approche.

« Le supplément d'aspirine en petites doses peut être bénéfique pour certains patients et dangereux pour d'autres », précise le neurologue. « Notre objectif ultime est d'identifier le bon médicament pour le bon patient, dans une approche de médecine personnalisée et préventive. »

Cette initiative bordelaise représente ainsi une avancée significative dans la lutte contre les maladies cérébrovasculaires, combinant prévention active, recherche innovante et prise en charge individualisée pour améliorer la santé cérébrale des patients à long terme.