Chikungunya long : un expert niçois alerte sur les séquelles persistantes et la menace épidémique
Le Professeur Michel Carles, chef du service infectiologie au CHU de Nice, tire la sonnette d'alarme concernant la réalité méconnue du « chikungunya long ». Alors que le moustique tigre reprend son activité en ce mois d'avril 2026, l'expert souligne que 20% des patients présentent encore des symptômes un an après l'infection initiale, une proportion qui interpelle le monde médical.
Des douleurs articulaires qui persistent pendant des mois, voire des années
Les symptômes prolongés du chikungunya se manifestent principalement par des arthralgies tenaces. Entre 40 et 60% des patients souffrent de douleurs articulaires durant au moins trois mois, avec une durée médiane de six mois. Le Pr Carles précise : « À douze mois, il y a encore environ 20% de patients qui présentent des symptômes prolongés. Au-delà d'un an, certains peuvent même conserver des douleurs articulaires, avec des cas évoqués plus de dix ans après l'infection. »
La difficulté réside dans la distinction entre les séquelles directes du virus et les problèmes rhumatologiques liés au vieillissement. Des données récentes suggèrent que le chikungunya pourrait faciliter l'apparition de rhumatismes inflammatoires, sans qu'un lien de causalité direct ne soit établi avec certitude.
Une prise en charge médicale encore insuffisante
Les syndromes post-infectieux, comme ceux observés avec le SARS-CoV-2 ou la maladie de Lyme, restent peu considérés par la population et insuffisamment pris en compte par le corps médical. Pourtant, l'encéphalomyélite myalgique, également appelée syndrome de fatigue chronique, est une entité clinique reconnue depuis 1994 par les Centers for Disease Control and Prevention américains.
Actuellement, aucun parcours patient spécifique n'existe pour les personnes touchées par un chikungunya long. L'Agence nationale de la recherche scientifique travaille à identifier des équipes de recherche dédiées à cette problématique. En attendant, les rhumatologues apparaissent comme les spécialistes les plus adaptés pour prendre en charge ces douleurs ostéoarticulaires chroniques.
Les traitements de première intention reposent sur les anti-inflammatoires, mais ces médicaments présentent de nombreux effets secondaires et nécessitent une surveillance médicale rigoureuse. Le Pr Carles met en garde contre une automédication prolongée.
Une menace qui s'amplifie avec le réchauffement climatique
Le risque de propagation des arboviroses, dont font partie le chikungunya, la dengue et le West Nile, devrait s'accentuer dans les années à venir, particulièrement dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur fortement exposée aux effets du changement climatique.
Le professeur rappelle que « la température moyenne au mois d'août a augmenté de 4 degrés en 70 ans dans notre région ». Les Alpes-Maritimes ont été le premier département français où s'est acclimaté le moustique tigre, vecteur de la dengue et du chikungunya, désormais présent sur près de 80% du territoire national.
Cette expansion géographique du vecteur, couplée à des conditions climatiques de plus en plus favorables, laisse craindre une multiplication des cas de chikungunya et, par conséquent, des formes longues de la maladie. La vigilance sanitaire et la recherche sur les syndromes post-infectieux deviennent donc des enjeux de santé publique majeurs pour les années à venir.



