Le chemsex, une pratique en hausse qui révèle la souffrance psychique de la communauté LGBT
Chemsex : une pratique en hausse révélant la souffrance LGBT

Le chemsex, une pratique en expansion qui interroge la santé mentale

C'est par une question provocante que le psychiatre Jean-Victor Blanc ouvre son ouvrage Des amours chimiques, le fléau du chemsex, publié aux Éditions du Seuil. En reprenant le célèbre compte Instagram « Est-ce que les hétérosexuels vont bien ? », le jeune médecin de l'hôpital Saint-Antoine AP-HP questionne une réalité méconnue : la pratique du chemsex au sein de la communauté des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes.

Une pratique qui concerne des dizaines de milliers de personnes

Le chemsex, qui consiste à consommer un cocktail de substances psychoactives (GHB, MDMA, cocaïne, 3-MMC) lors de relations sexuelles, connaît une augmentation constante. Selon les estimations du docteur Blanc, cette pratique concernerait 10 à 20 % des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, soit approximativement 100.000 à 200.000 personnes en France.

Si le psychiatre reconnaît qu'une pratique occasionnelle n'est pas nécessairement problématique, il constate quotidiennement les conséquences dramatiques d'une consommation excessive. Depuis 2017, il a même créé une consultation spécialisée pour accompagner ces patients.

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Des conséquences sanitaires et sociales alarmantes

Le cabinet du docteur Blanc accueille des patients aux parcours souvent dramatiques :

  • Certains arrivent après un séjour en réanimation suite à une overdose
  • D'autres ont été hospitalisés en urgence pour des bouffées délirantes
  • Beaucoup s'isolent progressivement, perdent leur emploi et s'éloignent de leurs proches
  • Une proportion significative ne parvient plus à avoir de relations sexuelles sans substances

Les racines psychologiques d'une pratique à risque

Le médecin explique en partie ce phénomène par une santé mentale fragilisée au sein de la communauté LGBT. Les violences subies - harcèlement scolaire, rejet parental, agressions homophobes - laissent des séquelles profondes.

« 30 % de mes patients ont été victimes d'abus sexuels dans l'enfance », révèle le docteur Blanc. « Les personnes appartenant à la communauté LGBT ont deux fois plus de risque de souffrir de dépression et de troubles anxieux. »

Face à cette souffrance, les drogues de synthèse, longtemps présentées comme peu dangereuses, peuvent apparaître comme une solution. Leur association avec la sexualité permet d'augmenter artificiellement le plaisir et la durée des rapports, créant un cercle vicieux.

Un phénomène aggravant les insécurités préexistantes

« La promesse d'oublier ses soucis et ses complexes en passant du bon temps en bonne compagnie est dangereuse », alerte le psychiatre. « Cette pratique ne fait qu'aggraver des insécurités préexistantes. »

Les chiffres sont éloquents : 40 % des hommes pratiquant le chemsex déclarent avoir subi une agression sexuelle lors d'une de ces rencontres.

Les injonctions corporelles et le rejet de soi

La communauté gay n'échappe pas aux injonctions corporelles contemporaines. « Pour les personnes exclues du marché de la désirabilité, le chemsex est un moyen d'accéder à une sexualité », analyse le médecin. « Ces produits permettent de moins penser à leurs complexes corporels. »

Certains patients, pour des raisons ethniques, religieuses ou culturelles, ne s'autorisent pas à vivre leur orientation sexuelle sereinement. C'est pourquoi le docteur Blanc préfère parler d'« hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes » plutôt que d'hommes « gays ».

« Ces hommes ont recours au chemsex comme une automédication pour ne plus ressentir de jugement moral », explique l'addictologue. Mais le piège se referme souvent sur eux : « Le chemsex donne lieu à une sexualité de groupes qui n'appelle pas à une régularité, ce qui peut renforcer le sentiment de culpabilité. »

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Un problème de santé publique méconnu

Tout au long de son ouvrage, le médecin tente de comprendre la réalité vécue par ses patients. Il regrette que le phénomène soit souvent réduit à des faits divers sensationnalistes, comme l'affaire Palmade, plutôt que traité comme un véritable problème de santé publique.

« Si 10 % des hétérosexuels, majoritairement jeunes, pratiquaient le chemsex, on crierait au scandale et la réponse serait beaucoup plus forte », souligne-t-il, appelant à une prise de conscience collective face à cette réalité complexe qui touche une partie vulnérable de la population.