Le chemsex, pratique consistant à avoir des rapports sexuels sous l'emprise de drogues, concerne entre 100 000 et 200 000 personnes en France. Le Dr Jean-Victor Blanc, psychiatre et auteur de « Des amours chimiques, le fléau du chemsex » (Seuil, 2026), tire la sonnette d'alarme : « C'est une épidémie qui tue en silence. Le chemsex est le reflet de la souffrance psychique d'une communauté. Les hommes gays meurent deux fois plus de suicide que du VIH. »
Des complications graves en forte hausse
Entre 2021 et 2024, les cas signalés de complications liées au chemsex sont passés de 182 à 484, selon une étude du Pr Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et addictologie. « Le chemsex problématique concerne 40 à 50 % des usagers, il s'agit de ceux qui souffrent de cette pratique, en perdent le contrôle », précise le Dr Blanc. Les conséquences sont sociales, professionnelles, physiques et mentales.
L'overdose est l'un des risques les plus graves, principalement due au GHB/GBL, qui provoque des comas (G-hole) et peut entraîner la mort. Les mélanges de substances, comme les médicaments érectiles (Viagra) avec des poppers ou des stimulants, augmentent le risque d'AVC. Le chemsex expose aussi aux infections sexuellement transmissibles (VIH, hépatite C, syphilis) en raison de rapports non protégés.
Un cercle vicieux avec la dépression
Les conséquences psychologiques sont lourdes : addiction, craving, anxiété sévère, épisodes dépressifs, paranoïa ou psychose. « Les drogues utilisées déclenchent des syndromes dépressifs. De nombreuses personnes s'enfoncent dans le chemsex pour apaiser leur tristesse, mais la « descente » aggrave dramatiquement ce mal-être », explique le psychiatre.
Pourquoi le chemsex monte en puissance
Le phénomène s'est accentué depuis dix ans avec l'arrivée de nouvelles drogues de synthèse peu coûteuses (cathinones) et l'essor des applications de rencontres géolocalisées comme Tinder. « Elles ont augmenté la possibilité de trouver des partenaires et aussi d'avoir des relations sexuelles sous drogue », analyse le Dr Blanc. La drogue se commande en quelques clics sur les réseaux sociaux, livrée à domicile.
Le psychiatre pointe aussi les injonctions de performance et de virilité : « Le chemsex est symptomatique d'une société traversée par l'injonction de performance. Mais aussi toutes les injonctions liées au corps qui doit être toujours plus musclé, bronzé, viril. Les usagers prennent alors des produits qui favorisent l'érection, symbole de puissance et de virilité. »
Pour beaucoup, le chemsex anesthésie un mal-être lié à la solitude ou à une homophobie intériorisée. « Quand les rapports entre les personnes sont violents et déshumanisés, la drogue agit comme un paravent dans la relation à l'autre », ajoute-t-il.
Sevrage, traitements et psychothérapie
Face au tabou et à la honte, l'entourage joue un rôle clé pour inciter à consulter. Le parcours de soins commence par un sevrage clinique, souvent en hospitalisation. « Il faut compter environ une dizaine de jours d'abstinence totale pour dissiper l'effet des drogues et évaluer le véritable état psychique du patient », indique le Dr Blanc. Des antidépresseurs ou régulateurs de l'humeur sont prescrits, accompagnés d'une psychothérapie pour travailler les traumatismes et l'homophobie intériorisée. La sexologie aide à se réapproprier une sexualité sans produits. Les groupes de parole brisent l'isolement.
Réduire les risques
Pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas arrêter, des conseils de réduction des risques : ne jamais consommer seul, tester ses produits, espacer les doses, utiliser du matériel stérile, prendre la PrEP pour prévenir le VIH, et éviter les mélanges dangereux comme alcool et GHB.
Où trouver de l'aide ?
- Urgences : 15 ou 112 en cas de malaise ou perte de connaissance.
- Consultations hospitalières spécialisées.
- CSAPA (centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie) pour une prise en charge globale.
- CAARUD pour la réduction des risques.
- Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic (IST) pour le dépistage et la PrEP.
- Association AIDES : numéro national « Chemsex/Urgence » au 01 77 93 97 77 et ligne WhatsApp au 07 62 93 22 29, disponibles 24h/24.



