Cannabis et cancer de la bouche : un lien alarmant mis en lumière par une étude américaine
Les conséquences à long terme de la consommation de cannabis restent largement méconnues, les recherches se concentrant souvent sur la santé mentale plutôt que sur les impacts physiques. Une étude publiée dans la revue Preventive Medicine Reports s'est penchée sur les liens entre l'addiction au cannabis et le cancer de la bouche, révélant des données préoccupantes.
Une enquête approfondie menée aux États-Unis
Cette recherche a été conduite aux États-Unis, où environ 17,7 millions de personnes déclaraient consommer du cannabis quotidiennement ou presque en 2022. Le professeur Raphael Cuomo, de la faculté de médecine de San Diego, a analysé les dossiers cliniques de l'Université de Californie, incluant plus de 45 000 adultes entre janvier 2012 et décembre 2019, tous sans diagnostic initial de cancer de la bouche. Ces participants ont été suivis pendant cinq ans pour estimer l'incidence de cette maladie chez les consommateurs réguliers de cannabis.
Des résultats qui soulèvent des inquiétudes
Parmi les personnes étudiées, 949 (soit 2,1 %) ont été diagnostiquées avec une addiction au cannabis. Dans ce groupe, 0,7 % ont développé un cancer de la bouche, contre seulement 0,2 % chez les non-dépendants. Ainsi, le risque de cancer de la bouche est plus de trois fois supérieur chez les personnes dépendantes au cannabis par rapport à la population générale. À titre de comparaison, ce risque est multiplié par six chez les fumeurs de tabac.
Les produits de combustion en cause
Le professeur Cuomo explique ce phénomène par la présence de composés cancérigènes dans la fumée de cannabis, similaires à ceux du tabac, qui affectent négativement le tissu épithélial de la bouche. « Ces résultats s'ajoutent à un nombre croissant de preuves suggérant qu'une consommation chronique ou problématique de cannabis pourrait contribuer au risque de cancer des tissus exposés aux produits de combustion », a-t-il déclaré. Il émet également l'hypothèse que les effets immunodépresseurs du tétrahydrocannabinol (THC) pourraient constituer un facteur de risque supplémentaire.
Implications pour la santé publique
Cette étude souligne la nécessité d'évaluer les risques oncologiques à long terme liés à la consommation problématique de cannabis. En France, selon la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), environ 900 000 usagers quotidiens de cannabis étaient recensés en 2022 parmi les 11-75 ans, ce qui rend ces découvertes particulièrement pertinentes pour les politiques de santé publique.
En parallèle, il est à noter que deux nouvelles substances dérivées de la kétamine viennent d'être inscrites sur la liste des stupéfiants, rappelant l'importance d'une vigilance continue face aux addictions.



