Dans le quartier de la Devèze à Béziers, Valérie Rigal, infirmière libérale depuis 2008, sillonne les immeubles et les appartements pour prendre soin de ses patients. Au fil de ses passages, elle constate un paradoxe : certains souffrent fortement de la chaleur, alors que d'autres affirment ne presque rien ressentir.
Des logements sans climatisation, une épreuve quotidienne
Dans une résidence pour seniors, un couple âgé ne cache pas son agacement. L'établissement, construit il y a environ un an et demi, possède la climatisation dans les espaces communs, mais pas dans les logements. « C'est la première fois qu'on a autant souffert de la chaleur », raconte le mari. Dans l'appartement, seuls des ventilateurs permettent de tenir le coup : « Mais ils produisent de l'air chaud, ce n'est pas une clim », explique-t-il pendant que son épouse reçoit ses soins quotidiens.
Dans un appartement, où la chaleur semble s'être installée jusque dans les murs, un homme de 88 ans reste assis devant son unique ventilateur. Il ne possède pas de climatisation, principalement pour des raisons financières. « Je ne peux pas la mettre, c'est trop cher. C'est sûr que la chaleur me fatigue plus. » Pendant sa tournée, Valérie Rigal, son infirmière, l'interroge : « Vous pensez à boire ? » Comme à chaque passage, elle insiste sur l'importance de s'hydrater. Une consigne simple, mais parfois difficile à faire respecter. « C'est compliqué de faire boire des personnes qui ne pensent pas qu'elles ont soif, alors que c'est essentiel pour elles », évoque l'infirmière. La déshydratation et la chaleur peuvent faire chuter la tension, provoquer des décompensations cardiaques ou des œdèmes.
« Les personnes âgées ne se rendent pas compte qu'elles ont trop chaud »
Pourtant, tous les patients ne décrivent pas la canicule comme une épreuve. « Les personnes âgées ne se rendent pas compte qu'elles ont trop chaud », explique Valérie. Avec l'âge, la perception de la chaleur et de la soif diminue, tandis que le corps régule moins bien sa température. Jacqueline, née en Algérie, estime connaître la chaleur. Installée dans son fauteuil, un ventilateur dirigé vers elle, elle explique : « Je n'ai pas souffert pendant la canicule. » Elle reconnaît avoir eu chaud, mais ne pas s'être sentie fragilisée. Elle a simplement augmenté sa consommation d'eau.
Chez Robert, 96 ans, la climatisation permet de conserver une température supportable. Il évoque ses années de travail pour expliquer sa résistance : « J'ai été au soleil pendant de nombreuses années, donc je suis habitué. » Deux ventilateurs suffisent à Evelyne. Elle assure ne pas avoir particulièrement souffert cet été. Mais pour Valérie, cette impression de résistance ne signifie pas que le corps ne subit rien. C'est justement ce décalage entre le ressenti et les effets réels de la chaleur qui inquiète l'infirmière.
Un affaiblissement invisible et un isolement accru
Les professionnels qui interviennent auprès des personnes âgées le constatent également. Pascal, kinésithérapeute, explique que ses patients « s'affaiblissent même s'ils ne ressentent pas la chaleur ». À certains moments, il devenait même difficile de les faire se lever. « Pendant les fortes chaleurs, c'était trop fatigant pour eux. »
Pendant les plus fortes chaleurs, beaucoup sont restés enfermés chez eux. Valérie Rigal mesure particulièrement cette solitude. « Pour les personnes âgées, on est importants. On leur apporte de la compagnie et on les sort un peu de l'isolement », souligne-t-elle. Une de ses patientes, qui passe habituellement tous ses étés en Espagne auprès de son fils, a renoncé au voyage. « Je ne me sentais pas d'y aller, j'avais peur d'avoir trop chaud. » Elle n'est pas sortie une seule fois pendant toute la canicule.
Chez une autre patiente, les conséquences ont été plus difficiles à vivre : son mari a fait une décompensation pendant l'épisode de fortes chaleurs. Elle raconte avoir limité ses déplacements aux matinées : « Je ne sortais que le matin pour faire les courses à la fraîche. » La nuit, le sommeil était difficile. « Il faisait chaud, donc on ne dort pas bien et on est fatigué. » La climatisation est installée dans la chambre, mais pas dans le salon, ça « ne sert à rien ». Chez un autre couple, la même impression d'enfermement : « Je ne suis pas sortie une seule fois pendant la canicule, donc ça crée un isolement. Heureusement que l'infirmière passe, comme ça, on a du lien extérieur. »



