Cancer et pesticides : un cri d'alarme politique
Fleur Breteau, fondatrice et porte-parole du collectif Cancer colère, livre un témoignage poignant sur le lien entre cancer et pesticides dans son ouvrage éponyme. Son combat s'inscrit dans un contexte où les causes environnementales de la maladie restent trop souvent occultées, selon elle, par un manque de volonté politique.
Le cancer, une question politique négligée
« On a un manque de courage politique hallucinant », accuse Fleur Breteau. Elle souligne que les malades sont souvent rendus responsables de leur cancer via des facteurs individuels comme le stress ou l'alcool, tandis que les causes environnementales, telles que la pollution de l'air responsable de plus de 40 000 décès annuels en France, sont minimisées. « C'est une des causes majeures sur lesquelles on peut agir en France et sur lesquelles personne n'agit », déplore-t-elle.
Son constat s'appuie sur des chiffres alarmants : le nombre de malades a doublé depuis 1990, avec 80 % ayant moins de 50 ans, selon Santé publique France. L'OMS prévoit une augmentation de 77 % d'ici 2050. « C'est hallucinant qu'en sachant ça, il ne se passe rien », s'indigne-t-elle.
Des intérêts économiques contre la santé publique
Breteau pointe du doigt les choix politiques qui favorisent les intérêts économiques au détriment de la santé. Elle cite la directive « omnibus » adoptée par le Parlement européen en février 2026, permettant des autorisations à durée illimitée pour 90 % des pesticides. « On est dans un système économique », analyse-t-elle, en établissant un parallèle avec les industries du tabac ou des hydrocarbures.
Un conflit d'intérêts majeur est mis en lumière : certaines multinationales produisent à la fois des pesticides et les produits de base des chimiothérapies. « On ne peut pas être à la fois dans les pesticides et les produits contre le cancer », insiste-t-elle, qualifiant cette situation de vertigineuse.
La loi Duplomb, un catalyseur de colère
La loi Duplomb, autorisant l'acétamipride, a servi de déclic. Breteau raconte : « J'étais dans mon fauteuil de chimiothérapie quand les sénateurs se réjouissaient d'avoir voté pour la loi Duplomb ». Cette loi, qui a ignoré les alertes de l'Ordre des médecins et une pétition de plus de 2 millions de citoyens, symbolise pour elle le piétinement de la santé publique.
Une loi Duplomb 2, visant à réintroduire deux néonicotinoïdes, doit être étudiée en juillet prochain, malgré les oppositions. « Laurent Duplomb piétine la santé publique », dénonce Breteau, évoquant un mouvement simultané de destruction de l'agriculture biologique et de la santé publique.
Témoignages croisés : malades et agriculteurs en détresse
Le collectif Cancer colère reçoit des milliers de témoignages d'agriculteurs en souffrance : « Ma femme est morte d'un cancer lié aux pesticides, je suis surendetté, ma banque ne veut pas financer ma transition écologique, j'ai des idées suicidaires… ». Breteau souligne que leur colère rejoint celle des malades, créant une tragédie humaine grandissante.
Un message fort pour l'avenir
Fleur Breteau interviendra au congrès « Pesticides et cancers » les 2 et 3 avril à l'Institut de botanique de Montpellier. Son message est clair : « Il est hors de question de laisser croire que le cancer fait désormais partie de la vie ». Elle élargit le débat aux maladies neurodégénératives, au diabète, à l'endométriose et aux problèmes de fertilité, liés aux mêmes causes environnementales.
Elle sera également présente le 1er avril à la librairie Sauramps de Montpellier pour une rencontre-débat autour de son livre « Cancer colère » (éd. Seuil). Cet événement offre une parole citoyenne essentielle, complémentaire à celle des chercheurs, dans un combat où l'inaction politique reste, selon elle, la plus grande menace.



