Autisme : un défi quotidien pour les familles
Si certains individus atteints de troubles du spectre autistique parviennent à trouver leur place dans la société, d'autres, comme Raphaël Martins, en sont incapables et requièrent une attention permanente. Cette réalité impose un fardeau considérable sur les épaules de leurs proches, souvent contraints de tout sacrifier pour assurer leur bien-être.
Raphaël, 12 ans, dans son monde
Assis sur le canapé, Raphaël Martins, un garçon brun au regard fuyant, s'adonne à ses jeux de trains sur tablette numérique. Âgé de 12 ans, il est diagnostiqué avec des troubles du spectre autistique (TSA). Raphaël ne parle presque pas, se limitant à quelques mots, et ne comprend qu'une partie de ce qu'on lui dit. Ses interactions sociales sont rares, le rendant « socialement inadapté » selon les critères conventionnels.
Les TSA se caractérisent par des déficits développementaux entraînant une altération significative du fonctionnement personnel et social. Ce trouble neurologique toucherait environ 1% de la population française, soit des centaines de milliers de personnes.
Le diagnostic et son impact familial
« Le diagnostic a été posé lorsqu'il était en moyenne section », confie sa mère, Erika Martins, 46 ans. « C'était très dur à accepter. Il y a eu un déni pendant un temps, mais on savait que quelque chose n'allait pas. Il ne parlait pas, ne regardait pas dans les yeux. »
Elle ajoute, la voix empreinte d'émotion : « Avoir un enfant autiste, c'est une charge lourde. On s'oublie pour notre enfant, on y pense constamment. » Son quotidien est rythmé par les impératifs du handicap : changement d'emploi, emploi du temps entièrement adapté du lever au coucher pour assurer la surveillance constante de Raphaël et gérer ses nombreux rendez-vous médicaux.
L'inclusion scolaire et ses défis
Raphaël est scolarisé en 6e Ulis (Unité localisée pour l'inclusion scolaire) au collège Rosa-Parks de Pouillon, une classe spécialisée pour élèves en situation de handicap. Cette inclusion le confronte aux autres adolescents sans qu'il ait conscience des codes sociaux.
« On met en place des règles pour qu'il évite des maladresses », explique Erika. « Il faisait des bisous aux autres élèves. C'est compliqué de lui faire comprendre qu'il peut en faire à sa famille, mais pas à tout le monde. »
Sur sa grille d'évaluation, des consignes simples mais essentielles sont inscrites : « Je ne sers pas fort les autres », « Je ne crie pas en classe ». Des règles que les autres enfants de son âge ont intégrées naturellement, mais que Raphaël doit travailler quotidiennement. Malgré tout, des progrès notables sont observés dans la gestion de ses émotions.
« Plus petit, il lui arrivait d'avoir des crises de colère énormes, pendant lesquelles il hurlait. Aujourd'hui, ça n'arrive presque plus », se souvient sa mère avec un mélange de fierté et de soulagement.
La solitude et les rares liens d'amitié
À l'école, Raphaël reste plutôt solitaire. « Il s'en fiche un peu des autres élèves », précise Erika. « C'était dur au début, ça fait de la peine de voir son fils contre un grillage, ou éloigné des autres. Lui, ça ne lui fait pas de mal d'être seul. »
Pourtant, l'an dernier, une belle amitié s'est nouée avec Yannis, un camarade de Saint-Paul-lès-Dax. « C'était son meilleur copain, il s'occupait de lui. Il l'a même fait danser à la fête de l'école », raconte Erika, les yeux brillants. « Tout le monde avait pleuré, même papa », ajoute Julia, sa petite sœur de 10 ans.
Les relations fraternelles et leurs limites
Julia et Raphaël partagent une complicité évidente. Sur les photos familiales qui décorent les murs de la salle de jeux, ils apparaissent toujours collés l'un à l'autre. « On joue souvent ensemble, on se taquine », confie la jeune fille. « On fait aussi du vélo. »
Le cyclisme, pratiqué en club, est leur passion commune. Erika l'assure : « son handicap disparaît » lorsqu'il pédale. Pour Julia, ces moments partagés sont précieux car, le reste du temps, les échanges avec son frère restent limités.
« Le plus gros problème c'est qu'il ne peut pas parler comme les autres, c'est un peu ennuyeux des fois », avoue-t-elle. Elle communique alors par gestes, accompagnés de paroles, « même s'il ne comprend pas tout ce qu'on lui dit ».
Les frustrations et les sacrifices familiaux
Ces incompréhensions génèrent parfois de la frustration chez la cadette, flûtiste passionnée. Lors de son concert de fin d'année, par exemple, sa famille ne peut jamais y assister « au complet ». « Raphaël n'arrive pas à rester silencieux longtemps, alors mon père est obligé de sortir de la salle avec lui. C'est dur pour moi », confie-t-elle.
Sa mère le reconnaît : « On pense à lui toute la journée, au détriment de Julia. Elle nous le reproche parfois. » La surveillance constante que nécessite Raphaël impose des choix douloureux et un équilibre familial fragile.
Un équilibre précaire et des craintes pour l'avenir
Malgré les difficultés, la famille Martins semble avoir trouvé un certain équilibre, aussi fatigant soit-il. « Je suis heureuse aujourd'hui et j'accepte totalement la situation », déclare Erika, montrant une résilience remarquable.
Mais l'ombre de l'avenir plane. Raphaël a 12 ans et, même adulte, il ne sera pas autonome. « Tant qu'on est là ça va, mais j'ai peur du moment où on sera trop vieux pour s'occuper de lui », confie sa mère, une inquiétude palpable dans la voix.
« Julia m'a dit qu'elle le fera à notre place. C'est triste, mais il faut qu'elle construise sa propre vie, qu'elle se détache de Raphaël. » Un dilemme déchirant pour cette famille qui, comme des milliers d'autres en France, fait face chaque jour aux défis complexes de l'autisme sévère.



