Arthrose : pourquoi le discours sur l'usure est dangereux et comment l'exercice devient le meilleur traitement
Arthrose : l'exercice, meilleur traitement contre le discours de l'usure

Arthrose : pourquoi le discours sur l'usure est dangereux et comment l'exercice devient le meilleur traitement

Combien de fois avons-nous entendu ces phrases : « Vous avez de l'arthrose, c'est de l'usure » ou « Vous n'avez plus de cartilage, vos os frottent les uns contre les autres » ? Ces affirmations, répétées dans les cabinets médicaux, se révèlent aujourd'hui non seulement inexactes mais potentiellement nocives. De nombreuses études scientifiques démontrent que ce discours simpliste génère de l'anxiété et provoque une kinésiophobie, c'est-à-dire une peur irraisonnée de bouger. Ces expressions malheureuses peuvent finalement nuire davantage que la maladie elle-même.

Un discours qui pousse à l'inaction

Une recherche publiée en 2019 met en lumière les conséquences concrètes de cette approche. Les patients qui intègrent ce discours de l'usure considèrent souvent la chirurgie comme la seule solution viable et renoncent prématurément à toute activité physique. En effet, croire – à tort – que l'arthrose résulte simplement d'une usure mécanique conduit naturellement à penser que l'exercice va aggraver la situation. Or, la réalité médicale est tout autre : si vous souffrez d'arthrose, le mouvement constitue votre premier et meilleur traitement.

L'arthrose, un trouble métabolique avant tout

Voici l'argument qui devrait clore le débat sur la prétendue usure : l'arthrose de la main est deux fois plus fréquente chez les personnes obèses. Pourtant, les mains ne supportent pas le poids du corps ! Si l'arthrose n'était qu'un simple problème de surcharge mécanique, comment expliquer cette corrélation ?

La réponse tient en un mot : métabolisme. L'excès de tissu adipeux, en particulier la graisse abdominale, libère de la leptine, une molécule pro-inflammatoire qui voyage via la circulation sanguine jusqu'aux articulations. Ainsi, l'arthrose résulte principalement d'une inflammation systémique de bas grade, favorisée par le vieillissement, l'obésité et le syndrome métabolique.

Un autre fait vient renforcer cette perspective : selon une revue systématique publiée en 2024 dans Osteoarthritis and Cartilage, 43 % des personnes présentant des signes d'arthrose visibles à la radiographie ne ressentent absolument aucune douleur. Les modifications structurelles observées sur les images médicales ne se traduisent donc pas nécessairement par une usure douloureuse. Il est crucial de ne pas interpréter ces examens de manière trop littérale.

L'exercice, le traitement de première ligne incontournable

On entend souvent que courir abîme les genoux. Pourtant, une méta-analyse publiée dans la prestigieuse revue Sports Medicine démontre exactement l'inverse : la course à pied ne provoque pas de nouvelles lésions cartilagineuses et se révèle même protectrice pour le cartilage articulaire.

Attention cependant au fantasme de la régénération ! Si l'exercice préserve efficacement le cartilage, il ne le régénère pas. Le cartilage fonctionne selon un principe simple : « use it or lose it » (utilisez-le ou perdez-le). La sous-utilisation entraîne son atrophie, tandis qu'une charge modérée et régulière maintient son intégrité. Le mouvement est préservateur et protecteur ; à l'inverse, la sédentarité s'avère destructrice.

L'arthrose est bien un trouble métabolique, comme le confirme le fait que la perte de poids améliore significativement les symptômes, y compris chez les personnes souffrant d'arthrose dans les mains. C'est précisément ce que démontre l'essai clinique Step 9, publié en octobre 2024 dans le New England Journal of Medicine.

Le muscle, gardien de l'articulation

Il n'existe pas de médicament miracle contre l'arthrose, à une exception près : l'exercice physique. Celui-ci agit sur tous les fronts : il réduit l'inflammation systémique, renforce la masse musculaire qui protège mécaniquement l'articulation et améliore globalement la fonction articulaire. Le muscle devient ainsi le véritable gardien de l'articulation.

Les recommandations internationales s'accordent désormais sur un point essentiel : l'activité physique constitue le traitement de première intention pour l'arthrose. Il ne s'agit pas d'un simple complément ou d'un conseil accessoire, mais bien du principal traitement à recommander et à prescrire. Changer le discours sur l'arthrose, c'est permettre aux patients de reprendre le contrôle par le mouvement, loin des peurs infondées liées à l'usure.