Nouvelle-Aquitaine : l'arrêt des astreintes chirurgicales à Royan met la population en péril
Une décision de l'Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine a provoqué un mouvement de protestation radical chez les chirurgiens de la clinique privée Pasteur à Royan. Début avril, l'ARS a réduit de manière unilatérale les astreintes des chirurgiens viscéraux et orthopédiques, sans consultation préalable. En réponse, les médecins concernés ont décidé, en comité médical d'établissement, de stopper complètement ces astreintes, une situation qui alarme profondément les professionnels de santé locaux.
Des mots forts pour décrire une situation critique
« On met la population du Pays royannais en danger. Il va y avoir des morts ! » Ces déclarations chocs émanent de Sauveur Méglio, représentant local de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF) et chef du service des urgences de l'hôpital de Royan. Il exprime une inquiétude sans précédent face à cette décision administrative. L'ARS a limité les astreintes autorisées de 20 heures à minuit seulement, contre 20 heures à 8 heures du matin auparavant, obligeant le transfert des cas graves vers l'hôpital de Saintes pendant les heures non couvertes.
Les conséquences concrètes pour les patients
Désormais, la clinique Pasteur ne pourra plus assurer aucune prise en charge urgente en chirurgie viscérale, orthopédique et urologique entre 18 heures et 8 heures du matin en semaine. Les week-ends et jours fériés, seuls les soins de continuité pour les patients déjà opérés sur place seront maintenus. Tout patient adressé sans accord préalable du médecin sera immédiatement réorienté vers son établissement d'origine, créant des délais potentiellement fatals.
Sauveur Méglio souligne : « On va être obligé d'envoyer les cas graves, avec ce que ça représente en perte de temps et donc de chance de survie, au centre hospitalier de Saintes qui est déjà saturé. Tout ça pour économiser peanuts. Les coûts des transferts en ambulance ou Smur coûtent pratiquement aussi cher que les astreintes. »
Un contexte historique aggravant
La situation est d'autant plus préoccupante que l'hôpital de Royan est le seul du département à ne pas disposer de plateau chirurgical depuis 2005. À l'époque, un accord avait été passé entre l'ancêtre de l'ARS et les cliniques privées locales pour organiser des tours de garde des chirurgiens, de jour comme de nuit, en lien avec les urgences publiques. Cet arrangement vole aujourd'hui en éclats.
Solidaire des chirurgiens, Sauveur Méglio réclame le rétablissement des astreintes complètes de nuit. Il craint que les urgences de Royan ne se retrouvent encombrées, perdant un temps précieux à contacter les hôpitaux de Saintes, Rochefort ou La Rochelle, déjà surchargés et manquant de lits. « On va perdre un temps fou à contacter des hôpitaux qui n'ont pas de lit et qui se renvoient la balle », déplore-t-il.
Cette crise met en lumière les tensions entre les impératifs budgétaires des agences régionales de santé et la nécessité de maintenir des services de soins urgents accessibles localement, particulièrement dans des zones comme le Pays royannais.



