Andropause masculine : un phénomène fréquent mais méconnu
Trois heures du matin. François se réveille en sueur, comme souvent ces derniers mois. Il ouvre la fenêtre de sa chambre, change son T-shirt trempé. « Il y a des fois où même le drap est trempé », confie ce juriste sexagénaire toujours très actif, dans un témoignage éclairant sur les bouffées de chaleur au masculin.
À 62 ans, lorsque les premières suées nocturnes sont apparues, sa compagne, de dix ans sa cadette, éprouvait de son côté des symptômes liés à la ménopause. « Tout cela était assez cocasse. On avait besoin tous les deux en même temps d'un éventail », s'amuse François. Plusieurs mois passent avant qu'il ne consulte son médecin généraliste, puis un urologue pour un bilan de santé. Le diagnostic tombe : François est entré dans une phase biologique classique appelée andropause ou Dala (Déficit androgénique lié à l'âge).
Un phénomène progressif et fréquent
« Cette transition hormonale concerne, selon le profil médical, jusqu'à 50 % des hommes de plus de 70 ans, de 30 à 40 % des plus de 60 ans et 10 à 20 % des moins de 50 ans », rappelle le docteur Antoine Faix, président de l'Association française d'urologie. Le phénomène peut être accéléré par des maladies chroniques – diabète, obésité, insuffisance rénale –, certains traitements médicamenteux ou le stress.
Contrairement à la ménopause féminine, l'andropause n'est ni brutale ni universelle. « Le terme "andropause" est en réalité trompeur. Si chez les femmes, les ovaires s'arrêtent de fonctionner, les testicules, eux, se mettent rarement en pause complète. Chez l'homme, la diminution de la testostérone est estimée à 1 ou 2 % par an à partir de l'âge de 30 ans », précise l'urologue Karim Ferhi.
Le déclin est progressif, irrégulier, parfois même imperceptible. « Certains hommes peuvent tout à fait ne pas être concernés par des symptômes si leur taux de testostérone de départ est élevé, qu'ils ont une bonne génétique ou une bonne hygiène de vie. Mais la plupart finissent tout de même par l'expérimenter s'ils vivent suffisamment longtemps », poursuit le médecin.
Le déni des symptômes masculins
Rencontrer d'autres hommes qui acceptent de témoigner n'est pas aisé. À chaque sollicitation, la même réponse définitive tombe : « Moi ? Non, je ne suis pas concerné. » « C'est presque caricatural. Nous observons encore très souvent un déni des symptômes masculins par peur du jugement », pointe Antoine Faix.
À l'heure où la parole des femmes sur la ménopause se libère, celle des hommes sur l'andropause reste marginale. Pas totalement cachée, mais simplement tue, faute de repères. François est donc une exception. Ses origines belges et son solide sens de l'humour ont sans doute joué dans sa volonté de témoigner pour dédramatiser.
Les symptômes – baisse de libido, fatigue persistante, troubles du sommeil, de l'humeur, prise de poids – sont souvent diffus. « Mes patients disent souvent "C'est la cinquantaine", "C'est comme ça…", "C'est le stress !" », observe Marc Galiano, urologue et auteur du livre Andropause.
Les défis du diagnostic médical
Ce flou se retrouve aussi dans le parcours médical. « L'andropause reste insuffisamment identifiée », souligne Antoine Faix. En cause notamment, des diagnostics incomplets. « Les médecins généralistes dosent souvent la testostérone totale dont seule une faible proportion est réellement active. Le reste se lie à des protéines porteuses qui augmentent avec l'âge. Ainsi, un homme âgé peut présenter un résultat de testostérone totale "faussement normal". Il faut doser la testostérone dite "biodisponible" ou "libre". »
Le seuil de carence est alors fixé en dessous de 1 nanogramme par millilitre. Réaliser ce test à deux reprises à un mois d'intervalle permet de confirmer le diagnostic. Souvent, les hommes consultent tardivement, et le plus souvent pour la même raison : une alerte sous la ceinture. « La plupart du temps, lorsqu'ils se résignent à pousser la porte d'un cabinet, c'est pour parler de leur libido », note Marc Galiano.
Les implications pour la santé cardiovasculaire
Les troubles de l'érection constituent souvent une véritable « sentinelle vasculaire » pour le cœur. L'andropause pèse sur la santé cardiovasculaire, en grande partie par le biais d'altérations métaboliques profondes. Avec la diminution de la testostérone, l'organisme perd de sa capacité à réguler ses paramètres, comme la glycémie, ainsi que les taux de cholestérol et de triglycérides. Ces déséquilibres, couplés au vieillissement, favorisent l'encrassage progressif des artères.
Les traitements hormonaux substitutifs
Philippe, 59 ans, en a fait l'expérience. Ce n'est pas la panne mécanique ou un manque de désir qui l'amènent à consulter un urologue, mais « une étrange anesthésie du plaisir lorsque j'arrivais à avoir un rapport ». Le diagnostic tombe, déficit en testostérone. Il reçoit un traitement hormonal substitutif strictement encadré.
« La première prescription est obligatoirement par un urologue ou un endocrinologue », rappelle Antoine Faix. « L'objectif n'est pas de doper mais de rétablir un équilibre », prévient le médecin. « La cible, c'est de remettre la testostéronémie au milieu de la normale ou dans la partie supérieure de la normale. »
Deux options dominent, gel quotidien ou injections régulières. Mais les effets ne sont pas immédiats. « Ça prend du temps », prévient le spécialiste. « Deux à trois mois » pour ressentir les premiers bénéfices sur la libido ou l'énergie, jusqu'à un an pour les effets plus profonds, notamment osseux.
Philippe a vu sa libido s'envoler, son dynamisme renaître et quatre kilos de graisse abdominale s'évaporer sous l'effet d'une pratique sportive retrouvée. Un traitement souvent envisagé sur le long terme. Et malgré les craintes, les spécialistes se veulent rassurants. « Ce traitement hormonal n'est pas dangereux pour les patients si les contre-indications sont bien respectées », insiste Antoine Faix. Parmi elles, l'existence d'un cancer de la prostate actif ou d'apnées du sommeil non traitées.
Une question culturelle et sociétale
Mais au-delà du médical, l'andropause et son cortège de symptômes restent une question culturelle. « Les femmes ont le réflexe de consulter un médecin et le plus souvent un gynécologue dès l'adolescence. L'homme n'a pas la culture de s'occuper de sa santé », constate Antoine Faix.
« Mais, je veux être optimiste. D'ici une génération, la situation devrait avoir évolué chez les garçons », espère Marc Galiano. À condition qu'une figure publique brise le silence. « Si Valérie Pécresse a pu le faire à propos de son vécu avec la ménopause, cela serait épatant de voir un homme politique de premier plan avoir le courage d'évoquer l'andropause. »
En attendant ce jour, comme François, beaucoup continueront de se réveiller en pleine nuit, en sueur, sans comprendre pourquoi. Et surtout sans en parler.
Dix questions pour y voir plus clair
Une réponse positive à plus de 3 questions ci-dessous ou une réponse positive aux questions 1 et 7 traduit un déficit de testostérone, et donc une potentielle andropause.
- Éprouvez-vous une baisse du désir sexuel ?
- Éprouvez-vous une baisse d'énergie ?
- Éprouvez-vous une diminution de force et/ou d'endurance ?
- Votre taille a-t-elle diminué ?
- Avez-vous noté une diminution de votre joie de vivre ?
- Êtes-vous triste et/ou maussade ?
- Vos érections sont-elles moins fortes ?
- Avez-vous noté une altération récente de vos capacités ?
- Vous endormez-vous après le dîner ?
- Votre rendement professionnel s'est-il réduit ?
Sources : AFU et Androgen Deficiency in Aging Male



