Un danger sanitaire méconnu dans les produits de lissage capillaire
Une alerte sanitaire majeure concerne désormais certains produits de lissage capillaire, communément appelés « lissages brésiliens » ou « lissages indiens ». L'Agence nationale de sécurité sanitaire, de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a établi en janvier 2025 un lien fortement probable entre l'acide glyoxylique, substance présente dans ces produits, et des cas d'insuffisance rénale aiguë.
Des signalements inquiétants en France et à l'international
L'affaire a débuté en janvier 2024 lorsqu'un néphrologue a signalé à l'Anses, nouvellement responsable de la cosmétovigilance en France, le cas d'une femme ayant subi trois épisodes d'insuffisance rénale aiguë en trois ans. Chaque épisode s'est déclaré quelques heures seulement après la réalisation d'un lissage capillaire. Les symptômes incluaient une sensation de brûlure du cuir chevelu durant l'application, l'apparition d'ulcérations, des douleurs lombaires, des nausées et une fatigue intense.
Les médecins ont établi un lien de causalité avec l'acide glyoxylique présent dans le produit utilisé lors du troisième soin. Cette conclusion s'appuie sur des études de toxicité rénale chez la souris et sur l'identification de cas humains similaires dans plusieurs pays, notamment en Israël où 26 cas ont été recensés entre 2019 et 2022.
Une substance de remplacement problématique
L'acide glyoxylique est utilisé dans l'industrie cosmétique comme alternative au formaldéhyde, interdit en 2019 après son classement comme substance cancérogène. Cependant, cette substitution s'avère potentiellement dangereuse. Appliqué sur le cuir chevelu, l'acide glyoxylique peut pénétrer dans l'organisme et se transformer en oxalate de calcium, formant des cristaux qui altèrent gravement le fonctionnement des reins.
L'analyse scientifique de l'Anses a confirmé ce mécanisme : des biopsies rénales réalisées sur des patientes israéliennes et suisses ont révélé la présence de dépôts de cristaux d'oxalate de calcium, caractéristiques de cette toxicité rénale spécifique.
Une réglementation européenne insuffisante
Malgré ces preuves accumulées, l'acide glyoxylique ne fait actuellement l'objet d'aucune restriction spécifique dans le cadre du règlement cosmétique européen. Son utilisation n'est ni encadrée ni limitée, ce qui représente un vide réglementaire préoccupant.
L'Anses recommande donc une évaluation des risques au niveau européen. En mars 2025, l'agence a présenté ses travaux devant le groupe de travail sur les cosmétiques de la Commission européenne, conduisant à un appel à données ouvert jusqu'au 8 avril 2026 pour compiler toutes les informations scientifiques disponibles.
Des cas en augmentation et un étiquetage trompeur
La situation continue de s'aggraver avec 15 nouveaux cas signalés en France depuis octobre 2024. Plus inquiétant encore : l'analyse de produits a révélé que l'acide glyoxylique peut être présent même lorsqu'il n'est pas mentionné sur l'étiquette. Parmi six produits testés dont la composition ne mentionnait pas cette substance, trois en contenaient effectivement.
Des cas supplémentaires ont également été documentés en Tunisie et en Algérie, confirmant la dimension internationale de ce problème de santé publique.
Recommandations urgentes pour les consommateurs
Face à ce risque sanitaire, les autorités sanitaires françaises conseillent :
- D'éviter tout produit capillaire contenant de l'acide glyoxylique
- D'être extrêmement vigilant après tout lissage capillaire, qu'il soit réalisé en salon, chez le coiffeur ou à domicile
- De surveiller l'apparition de symptômes inhabituels tels que douleurs lombaires, nausées, fatigue intense ou soif excessive
- De signaler tout effet indésirable sur le portail dédié du ministère de la Santé
Cette affaire souligne l'importance cruciale de la cosmétovigilance et de la transparence dans la composition des produits cosmétiques. Alors que l'évaluation européenne est en cours, la prudence reste de mise pour protéger la santé des consommateurs face à ce danger méconnu mais potentiellement grave.



