Succès fou des pèlerinages cathos : regain de foi et quête de sens
Succès fou des pèlerinages cathos : regain de foi et quête de sens

Le succès fou des pèlerinages catholiques

Le week-end de la Pentecôte marque une période forte de pèlerinages en France. Cette année, et depuis quelque temps, ils connaissent un regain de fréquentation inédit. « Ce sera moi et mon sac à dos, les yeux dans les yeux avec 150 km de sentier. Téléphone éteint, un duvet, basta ! » Camille a des fourmis dans les jambes et hâte d’en découdre. Cette semaine, cette Parisienne prend le train jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées-Atlantiques) et se lance dans un bout du « camino francés », mythique tronçon qui mène jusqu’à Compostelle, étape ultime du célèbre pèlerinage. Dans sa tête : « L’envie de me reconnecter à des choses simples, et puis je crois en Dieu, plus simplement », autodiagnostique la juriste de 34 ans, qui a fait son baptême il y a trois ans, se découvrant une foi jusqu’ici ignorée.

Camille n’est pas la seule : à la faveur de la Pentecôte, ce dimanche, les pèlerinages enregistrent des records de fréquentation, confirmant une tendance récente. Pas de statistique globale, mais tous les chemins ou les lieux de dévotion font état de plus de monde. « On assiste à une transformation des pratiques religieuses, de moins en moins routinières, décrypte Josselin Tricou, sociologue spécialiste du catholicisme. Jusqu’ici, il y avait le devoir de la messe dominicale, quitte à y aller même si le prêtre prêche mal. Désormais, on veut des temps forts, un côté extraordinaire. »

Des records de fréquentation

Exemple sur le roi des pèlerinages, le chemin de Compostelle, où l’on est passé de 94 000 pèlerins en 2005 à 530 000 l’an passé, avec des pics à la Pentecôte et en octobre. C’est 30 000 de plus qu’en 2024 et, « cette année, on me dit qu’il y a encore plus de gens », sourit Camille, qui a « galéré » pour trouver certains hébergements. À Lourdes, on accueille également de plus en plus de monde, battant même la participation d’avant-Covid. En 2025, selon les données du sanctuaire, la fréquentation était proche des 4 millions de visiteurs — contre environ 3,2 millions les années précédentes et 3,5 millions en 2019, dernière année avant la crise sanitaire.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une quête de simplicité et de déconnexion

« Faire un pèlerinage est une manière de s’extraire du quotidien, que l’on soit croyant ou pas. On déconnecte, on sort d’une bulle, on n’utilise son téléphone que pour le GPS, il n’y a plus le parasite des réseaux sociaux ou des appels téléphoniques », explique Jean-Claude Paperin, ex-président de la fédération du pèlerinage « Via Francigena », chemin plus confidentiel que Compostelle ou Lourdes, qui mène de Canterbury (Royaume-Uni) à Rome (Italie). Peu connu et long, l’itinéraire accueille « de plus en plus de monde » lui aussi, constate le grand marcheur. Pour qui la raison d’un tel attrait est simple : « On s’échappe d’un monde de plus en plus saturé de tout ! »

C’est, selon Josselin Tricou, un phénomène lié aussi au rebond récent du nombre de catéchumènes, c’est-à-dire ceux qui décident de se faire baptiser adulte. « Il y a un besoin de moments émotionnellement forts, qui n’ont rien à voir avec la vie paroissiale un peu plan-plan », analyse encore le chercheur.

Un catholicisme identitaire en plein essor

Dans ce contexte général d’un regain de foi, le pèlerinage englobe d’autres aspects que le spirituel pur ou l’intérêt sportif. Comme celui qui relie Paris à Chartres — dont la 44e édition a lieu cette année du 23 au 25 mai — qui attire les tenants d’un catholicisme identitaire, en témoigne le slogan de l’association organisatrice — Notre-Dame de Chrétienté — qui vante « tradition » et « chrétienté » comme une « mission ». « Identitaire, ce n’est pas un gros mot », assume Philippe Darrantière, le président. Il se félicite du nombre de participants toujours plus important pour arpenter les 100 km entre la capitale et Chartres : plus de 20 000 cette année, contre 19 000 en 2025, et une hausse de 13 % en trois ans. Dont beaucoup de jeunes, avec une moyenne d’âge de 22 ans et une logistique à la hauteur, avec 1 600 bénévoles dédiés à l’encadrement.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

« La société d’aujourd’hui a du mal à fournir des repères, surtout depuis le Covid. Alors, chercher ses racines est en vogue », estime-t-il, précisant que lorsqu’il sonde les motivations des marcheurs, c’est « le spirituel » qui arrive en premier, devant le « dépassement de soi » et « l’amitié », avant l’aspect identitaire. De quoi séduire CNews, qui retransmet les messes du pèlerinage, dont l’invité d’honneur est le cardinal américain Raymond Leo Burke, un ultraconservateur, et des célébrations en latin. « C’est aussi ce qui attire les jeunes chez nous : ils sont enracinés dans le dogme de l’Église », reprend le patron, qui ne voit « rien de politique » là-dedans.

« Pourtant, la religion a toujours une résonance politique. Pour ceux qui participent à ces pèlerinages très marqués, c’est une manière de se rassurer, de consolider l’idée que le catholicisme est vivant, d’éprouver la force d’une Église en route, analyse Josselin Tricou. Et ainsi impressionner à l’extérieur. »