Pâques à Jérusalem : une célébration chrétienne sous haute tension sécuritaire
La fête de Pâques, moment majeur pour les chrétiens du monde entier, se déroule cette année dans un climat de tension exceptionnel à Jérusalem. Les autorités israéliennes ont imposé des mesures de sécurité drastiques qui limitent sévèrement l'accès des fidèles au Saint-Sépulcre, sanctuaire central de la chrétienté situé dans la Vieille Ville.
Une atmosphère de silence inhabituelle dans la Vieille Ville
Dans les ruelles habituellement animées de la Vieille Ville de Jérusalem, le silence dominait dimanche matin. Les commerces étaient tous fermés et, à l'aube, seules quelques silhouettes traversaient les pavés encore humides. Aux abords de la basilique du Saint-Sépulcre, construite selon la tradition sur le site où les chrétiens situent la crucifixion, la mise au tombeau et la résurrection de Jésus, des barrages de police israélienne filtraient les rares fidèles autorisés à s'approcher.
« Joyeuses Pâques », a lancé en italien vers 7h30 le patriarche de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, en entrant dans le Saint-Sépulcre, entouré d'un petit groupe de religieux. À l'extérieur, quelques fidèles tentaient d'accéder au sanctuaire, mais étaient maintenus à distance par les forces de l'ordre.
Des mesures de sécurité contestées par les fidèles
Les autorités israéliennes justifient ces restrictions par des impératifs de sécurité dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée fin février par une offensive israélo-américaine contre l'Iran. Cependant, pour de nombreux fidèles, ces mesures vident la célébration de sa substance spirituelle.
« Comment pouvez-vous me dire que je ne peux pas aller à l'église ? C'est inacceptable », s'est indigné un catholique venu de Tel-Aviv, habitué à ce rendez-vous annuel. « C'est très difficile pour nous tous, car c'est notre fête […] C'est vraiment très dur de vouloir prier, de venir ici et de ne rien trouver. Tout est fermé », déplore les larmes aux yeux Christina Toderas, 44 ans, venue de Roumanie. Comme beaucoup d'autres croyants, elle se résignera à suivre la messe à la télévision.
Un contexte sécuritaire particulièrement tendu
La sécurité était renforcée dans les ruelles étroites de l'ancienne ville fortifiée, sacrée pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, et située à Jérusalem-Est, partie palestinienne occupée par Israël depuis 1967 puis annexée. Depuis le début de la guerre le 28 février, des débris de missiles iraniens ou d'intercepteurs sont tombés dans la Vieille Ville, notamment :
- À proximité du Saint-Sépulcre
- Près de la mosquée Al-Aqsa
- Dans le quartier juif
Le cardinal Pierbattista Pizzaballa avait été empêché par la police israélienne d'accéder au Saint-Sépulcre pour la messe des Rameaux dimanche dernier, suscitant des réactions indignées à l'étranger, avant que le Premier ministre Benjamin Netanyahu n'ordonne de lui autoriser l'entrée.
Des préoccupations pastorales face aux restrictions
« Nous comprenons », reconnaît le père Bernard Poggi, qui s'apprête à accueillir une messe dans une église proche du lieu saint. « Mais on constate de plus en plus qu'elles ne sont pas appliquées de manière uniforme », estime le religieux, soulignant les incohérences dans la mise en œuvre des mesures restrictives.
Pour les orthodoxes, majoritaires chez les Palestiniens chrétiens, Pâques sera célébrée le 12 avril, laissant planer l'incertitude quant à l'évolution des conditions sécuritaires d'ici là. Cette situation exceptionnelle marque une célébration de Pâques profondément affectée par le conflit régional et les tensions politiques qui traversent la Ville sainte.



