Le pape Léon XIV surprend en choisissant Monaco pour sa première visite européenne
Le pape Léon XIV surprend avec sa visite éclair à Monaco

Le pape Léon XIV surprend en choisissant Monaco pour sa première visite européenne

En optant pour Monaco comme première destination en Europe, et ce de sa propre initiative, le pape Léon XIV a pris à contre-pied une grande partie de ses fidèles, y compris les plus hautes sphères du Vatican. Son précédent voyage en Turquie et au Liban avait été organisé pour le pape François, rendant ce choix d'autant plus inattendu. Mais que venait donc faire le chef des catholiques, ancien missionnaire au Pérou, dans cette enclave réputée pour son glamour et son bling-bling ?

Une visite historique mais éclair

Il ne faut toutefois pas exagérer la portée de ce déplacement. Pour Monaco, il s'agissait certes d'une première historique : aucun pape de l'ère moderne n'avait effectué de visite apostolique dans cette petite principauté. Mais ce fut un voyage éclair : le pape n'est resté que huit heures sur place, effectuant un aller-retour depuis Rome en hélicoptère.

Pour ce pape américain, encore dans la première année de son pontificat après son élection le 8 mai 2025, l'objectif était de rendre hommage à l'un des micro-États au rayonnement international dans le domaine du soft power, à l'instar du Vatican. Léon XIV a souligné que Monaco fait partie des rares pays au monde à avoir la foi catholique comme religion d'État.

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« Ce sont les petits qui font l'histoire ! »

Depuis le balcon du palais princier, le pape a déclaré : « Le don de la petitesse, avec un héritage spirituel vivant, engage votre richesse au service du droit et de la justice, surtout à un moment historique où la démonstration de la force et la logique de la toute-puissance blessent le monde et compromettent la paix. Dans la Bible, comme vous le savez, ce sont les petits qui font l'histoire ! »

Les petits États et les hommes humbles ont été au cœur de son message. Dès son arrivée sur le sol de ce micro-État connu pour ses yachts, ses voitures de luxe et ses prix immobiliers astronomiques, il a voulu mettre l'accent sur la justice sociale, suivant les pas de son prédécesseur Léon XIII, pape de la doctrine sociale de l'Église, qui avait fondé le diocèse de Monaco.

Dénonciation des inégalités et appel à la redistribution

Léon XIV a lancé un vibrant plaidoyer : « Le Royaume de Dieu, auquel Jésus a consacré sa vie, est proche parce qu'il advient au milieu de nous et secoue les configurations injustes du pouvoir, les structures de péché qui creusent des abîmes entre pauvres et riches, entre privilégiés et rejetés, entre amis et ennemis. Chaque talent, chaque opportunité, chaque bien mis entre nos mains a une destination universelle, un devoir intrinsèque de ne pas être retenu mais redistribué, pour que la vie de tout le monde soit meilleure. »

Il a relevé que dans son auditoire, « beaucoup occupent des postes de grande influence dans les domaines économique et financier ». Et en citant la parabole des talents, il a indiqué : « Ce qui nous a été confié ne doit pas être enseveli dans la terre mais doit être mis en circulation et multiplié à l'horizon du Royaume de Dieu. »

Un laboratoire de solidarité pour la jeunesse

Face aux jeunes rassemblés sur le parvis de l'église Saint-Dévote, qu'il avait expressément demandé à rencontrer, il a affirmé : « Monaco est un petit pays, mais il peut être un grand laboratoire de solidarité, une fenêtre d'espérance. » Il leur a transmis cette formule de saint Augustin : « Aime, et fais ce que tu veux. »

En se référant à Carlo Acutis, le jeune geek récemment canonisé, premier saint incarnant l'ère post-moderne, le pape a souligné les vertus du don, du partage et de l'amour. « Aime, a-t-il insisté, c'est-à-dire sois un don gratuit pour Dieu et pour les autres ; sois proche, ne t'éloigne pas, même lorsque tu ne peux pas résoudre tous les problèmes ni régler toutes les difficultés. »

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Mise en garde contre les idoles modernes

Léon XIV a mis en garde cette jeunesse, tout en reconnaissant les apports positifs de l'époque dans de nombreux domaines, de la technique à la santé, en passant par la technologie et la communication : « Nous vivons dans un monde qui semble toujours pressé, avide de nouveautés, qui cultive une fluidité sans attaches, marqué par un besoin presque compulsif de changements constants : dans les modes, l'apparence, les relations, les idées et même dans les dimensions de la personne qui constituent son identité même. Mais ce qui donne de la solidité à la vie, c'est l'amour : l'expérience fondamentale de l'amour de Dieu avant tout, puis, par ricochet, l'expérience éclairante et sacrée de l'amour mutuel. »

Quelques minutes auparavant, dans la cathédrale, il exhortait les catholiques à être les témoins d'une Église appelée à se faire « avocate », c'est-à-dire à défendre l'homme : « tout l'homme et tous les êtres humains », sur « un chemin de discernement critique et prophétique » visant à promouvoir « un développement intégral de l'humanité, qui respecte sa dignité et son identité authentique, ainsi que sa fin ultime qui renvoie au mystère de pleine communion avec le Dieu Trinité et entre nous. »

Appel à la purification lors d'une messe historique

Point d'orgue de ce voyage, la messe dans un stade Louis II plein à craquer avec 15 000 personnes. Dans une homélie puissante, à la veille de la Semaine sainte et de la montée vers Pâques, le pape a appelé à la purification des « idoles immondes ».

Il a expliqué : « Par ce terme, le prophète désigne toutes ces choses qui asservissent le cœur, qui l'achètent et le corrompent. Le mot idole signifie “petite idée”, c'est-à-dire une vision réduite qui diminue non seulement la gloire du Tout-Puissant, en le transformant en objet, mais aussi l'esprit de l'homme. Les idolâtres sont des personnes à la vue courte : ils regardent ce qui captive leurs yeux en les aveuglant. Les grandes et bonnes choses de cette terre se changent en idoles qui deviennent des servitudes, non pas pour ceux qui en sont privés, mais pour ceux qui s'en repaissent, laissant le prochain dans la misère et la tristesse. L'affranchissement des idoles libère d'un pouvoir qui se fait domination, de la richesse qui devient convoitise, de la beauté qui porte à vanité. »

Un message de paix pour un monde ensanglanté

Au terme d'une adresse très spirituelle, Léon XIV a lancé au monde ensanglanté : « Ne nous habituons pas au fracas des armes, aux images de guerre ! La paix n'est pas un simple équilibre des forces, elle est l'œuvre de cœurs purifiés, l'œuvre de ceux qui voient dans l'autre un frère à protéger, et non un ennemi à abattre. » Un appel clair à la responsabilité de chacun, quel qu'il soit et où qu'il soit.