Première condamnation pour abus de faiblesse d'une congrégation catholique en Ardèche
Condamnation d'une congrégation catholique pour abus de faiblesse

Une condamnation historique pour abus de faiblesse dans le monde catholique

Le tribunal correctionnel de Privas, en Ardèche, a rendu un jugement historique ce mardi 24 mars en condamnant pour la première fois une congrégation catholique pour abus de faiblesse. La Famille missionnaire de Notre-Dame (FMND), communauté présente à Saint-Pierre-de-Colombier en Ardèche mais également à Bergerac et Biarritz, a été reconnue coupable de ces faits sur deux religieuses.

Des peines prononcées contre la congrégation et son ancien supérieur

Gérard Pinède, connu sous le nom de père Bernard en religion et ancien supérieur de la FMND pendant près de vingt ans, a été condamné à six mois de prison avec sursis pour abus de faiblesse. La congrégation elle-même, en tant que personne morale, a écopé d'une amende de 50 000 euros, dont 25 000 avec sursis. Cette décision judiciaire intervient après que l'Église elle-même a signalé les faits via la cellule en charge des dérives sectaires de la Conférence des évêques de France.

Des mécanismes d'emprise dénoncés par les victimes

Le tribunal a retenu les situations de deux anciennes religieuses qui ont subi des mécanismes d'emprise mis en place par la communauté. Les juges ont établi que la FMND recrutait de jeunes personnes sans expérience de la vie, notamment par le biais de colonies ou de camps, avant de les isoler de leur famille. Les pratiques dénoncées incluaient la privation de sommeil, l'absence d'intimité et l'instauration d'un culte des fondateurs de la communauté.

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L'une des victimes, vivant dans la peur de la damnation, avait cessé de s'alimenter et fait une tentative de suicide avant d'être conduite chez un médecin proche de la congrégation. La seconde, qui s'était constituée partie civile, a témoigné avoir passé « des nuits sans sommeil à cause du froid » et avoir dû attendre des semaines avant de pouvoir soigner un genou blessé.

Une décision mesurée selon l'avocate des victimes

Le tribunal n'a pas fait droit à la demande de la procureure Céline Nainani qui réclamait la fermeture temporaire pendant un an de la maison mère de la FMND. Me Solveig Fraisse, l'avocate d'une des victimes, a commenté : « Le tribunal a été mesuré dans sa décision, ce qui prouve qu'il ne s'agissait pas de s'attaquer à la liberté religieuse mais bien du seul respect du Code pénal. La balle est désormais dans le camp de l'Église ».

La défense conteste et annonce faire appel

La FMND, qui rassemble près de 160 religieux et est active dans une quinzaine de diocèses auprès des jeunes, contestait toutes les accusations et demandait la relaxe. Me Jérôme Triomphe, avocat de la congrégation, a annoncé sa décision de faire appel du jugement, se réjouissant que « 90 % des accusations, qui ont fait l'objet de quatre jours de débat, sont tombées ». Les prévenus sont à nouveau présumés innocents pendant la procédure d'appel.

Cette affaire marque un tournant dans la manière dont la justice française aborde les dérives au sein des communautés religieuses, établissant clairement que le respect du Code pénal prime sur toute considération institutionnelle.

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