Cheick Khaled Bentounes à Cannes : un plaidoyer pour la paix et le dialogue
Depuis plus de quarante ans, le Cheick Khaled Bentounes parcourt le monde pour défendre des causes essentielles : le dialogue interreligieux, l'égalité entre les femmes et les hommes, la protection de l'environnement et la paix. Il sera présent à Cannes le 8 avril 2026, invité par l'association Cannes Université, pour une conférence intitulée « Le soufisme, une voie intérieure de l'islam ». Cette intervention s'inscrit dans sa mission de promotion d'une culture de paix et de vivre-ensemble.
Un bilan mitigé de la Journée internationale du vivre-ensemble en paix
Interrogé sur le bilan de la Journée internationale du vivre-ensemble en paix, adoptée à l'unanimité par les 193 États membres de l'ONU en 2017, le Cheick Khaled Bentounes dresse un constat nuancé. Il rappelle qu'en 2017, les tensions internationales, notamment entre les États-Unis et la Corée du Nord, étaient à leur comble. « Cette résolution a permis, à ce moment-là, d'apaiser et de lancer quelques idées », explique-t-il. Cependant, il déplore que depuis, la situation ne se soit pas améliorée : « On n'a pas connu une pacification de la politique internationale. Au contraire, on a vu une aggravation. »
Il souligne que les fondations des Nations Unies s'effondrent, laissant place à une incertitude. Malgré cela, un « dominant en commun » émerge au niveau du dialogue, de la médiation et de l'éducation à la culture de paix. Depuis 2017, il parcourt les villes pour lire la résolution aux enfants et leur en expliquer la signification, espérant ainsi semer les graines d'un avenir plus harmonieux.
Le soufisme : une voie spirituelle pour la transformation sociale
En tant que guide spirituel de la confrérie soufie Alawiyya depuis 1975, le Cheick Khaled Bentounes définit le soufisme comme « la voie intérieure, spirituelle du cœur de l'Islam ». Il insiste sur son essence : aller à l'essentiel du message islamique, au-delà des dogmes et des lois, pour toucher l'esprit. Cette approche vise à intérioriser l'expérience spirituelle et à transformer les attitudes envers soi-même, autrui et la nature.
« Est-ce qu'elle peut être justement un outil de transformation sociale ? C'est ce qu'on essaye », affirme-t-il. Son travail actuel se concentre sur la mise en place d'une culture de paix, passant d'une culture du « je » à une culture du « nous ». Il questionne : « Quel est le bien commun de l'humanité ? Ce n'est pas d'être blanc ou noir ou chrétien ou musulman... Il est au niveau de la conscience. »
La médiation et l'éducation : clés pour un monde pacifié
Le Cheick Khaled Bentounes identifie la médiation comme un outil crucial pour l'éducation à la culture de paix. Il préconise d'apprendre très tôt aux enfants, dès 5 ou 6 ans, à devenir des médiateurs dans leur environnement quotidien. « S'ils apprennent très tôt... ils auront une autre vision du monde », assure-t-il, ajoutant que cela peut remplacer l'individualité narcissique par une ouverture d'esprit.
Face à l'extrémisme, il critique l'instrumentalisation politique et historique de ces discours, rappelant que des pays ont encouragé et financé ces mouvements. Pour construire un monde de paix, il appelle à partager la dignité, la justice et les technologies, et à mettre les savoirs au profit de l'humanité. « Que chaque État puisse former, au final, un 'nous' », résume-t-il.
Religion et politique : un lien tumultueux
Le Cheick Khaled Bentounes dénonce l'instrumentalisation des religions par les politiques, affirmant que « la religion est otage du politique ». Il illustre cela par le regain d'antisémitisme, qu'il qualifie de « question politique » sans dimension religieuse. Il partage des souvenirs personnels de coexistence pacifique en Algérie, où juifs et musulmans échangeaient des gâteaux lors des fêtes, soulignant que « l'essentiel reste de vivre tous ensemble en paix ».
La diversité comme source de vie
Pour le Cheick Khaled Bentounes, la spiritualité peut renforcer les liens sociaux entre les peuples en célébrant la diversité. Il cite le Coran pour rappeler que la diversité est une volonté divine, essentielle à la vie, à l'instar de la nature où différentes plantes coexistent. « La diversité, même au niveau de la pensée, qu'elle soit religieuse, philosophique, économique, avec l'échange permettent la vie », explique-t-il. Il compare cela à une eau qui coule, évitant la stagnation, et insiste : « La vérité ne nous appartient pas. »
Bio express de Cheick Khaled Bentounes
- 1949 : Naissance à Mostaganem en Algérie.
- 1968 : Études de droit et d'histoire à Paris.
- 1975 : Nommé maître spirituel de la confrérie soufie Alawiyya.
- 1986 : Participe aux rencontres d'Assise sur l'appel du pape Jean-Paul II.
- 1990 : Fonde les Scouts musulmans de France.
- 2003 : Co-fondateur du Conseil français du culte musulman.
- 2014 : Organise le Congrès international féminin pour une culture de Paix via son association Aisa.
- 2017 : La Journée internationale du vivre-ensemble en paix est adoptée par l'ONU.



