Une affiche festive qui fait scandale dans le Var
La 32e édition de la manifestation Bacchus à Toulon démarre dans la controverse. L'affiche officielle de l'événement, qui détourne délibérément La Cène de Léonard de Vinci, provoque l'indignation d'une partie de la communauté catholique varoise. Le Père Stéphane Morin, du diocèse de Fréjus-Toulon, a exprimé son courroux sur les réseaux sociaux, qualifiant cette création de « provocation ».
Un timing particulièrement sensible
Le prêtre souligne avec insistance que cette polémique survient à un moment particulièrement délicat du calendrier religieux. « Cette manifestation aura lieu au seuil de la Semaine sainte », rappelle-t-il, faisant référence à la semaine précédant Pâques qui revêt une importance capitale pour les chrétiens. Cette coïncidence calendaire amplifie selon lui le caractère offensant de l'affiche.
Le religieux ne s'est pas contenté de critiquer : il a lancé un appel clair au boycott. « J'appelle les catholiques cohérents à boycotter cette manifestation festive », a-t-il déclaré sans ambages, estimant que cette création visuelle franchit une ligne rouge dans le respect des symboles religieux.
L'artiste assume pleinement son inspiration
L'affiche controversée est signée Monsieur Z, illustrateur varois qui réalise les visuels de Bacchus depuis 2017. Son style reconnaissable, marqué notamment par la présence récurrente d'un avion, est immédiatement identifiable. La référence à l'œuvre de Léonard de Vinci est en effet manifeste :
- Treize personnages disposés autour d'une table allongée
- La composition rappelant exactement celle du Christ et de ses douze apôtres
- Les trois ouvertures caractéristiques en arrière-plan
Interrogé sur les accusations de provocation, Monsieur Z se défend avec fermeté. « Je suis droit dans mes bottes », affirme-t-il, expliquant que l'idée lui est venue lors d'un voyage à Florence. « J'ai pensé aux artistes de la Renaissance italienne, et à Léonard de Vinci, qui appartient au patrimoine artistique plus qu'à l'institution catholique », précise-t-il.
Un débat entre liberté artistique et respect religieux
L'artiste varois réfute catégoriquement toute intention polémique. « Il n'y a ni caricature ni polémique, même pas de croix. C'est un clin d'œil », insiste-t-il. Pour Monsieur Z, La Cène représente avant tout des valeurs universelles : « C'est un hommage au partage, à la célébration. Être plusieurs à table et partager le pain, le vin... C'est notre héritage ».
Il rappelle également que cette œuvre iconique a fait l'objet de nombreuses réinterprétations au fil des siècles. Fait notable : Monsieur Z se présente lui-même comme catholique, mais revendique farouchement sa liberté créative. « L'auto-censure, il n'y a rien de pire », conclut-il, soulignant ainsi le dilemme entre expression artistique et sensibilités religieuses.
Un précédent qui résonne
Cette polémique n'est pas sans rappeler un précédent récent. Lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024, une autre réinterprétation de La Cène avait déjà suscité des vagues de protestations. Dans cette version, le chanteur Philippe Katerine apparaissait entouré de drag-queens, déclenchant un débat similaire sur les limites de la création artistique face aux symboles religieux.
Alors que Bacchus s'apprête à investir Toulon pour trois jours de festivités, cette affiche continue de diviser. D'un côté, des catholiques qui y voient une atteinte à leurs convictions ; de l'autre, un artiste qui défend sa vision et son droit à s'inspirer du patrimoine artistique universel. Le débat dépasse largement les frontières du Var et pose une question récurrente dans notre société : où placer le curseur entre liberté d'expression et respect des croyances ?



