Le respectomètre : un outil révolutionnaire pour la protection de l'enfance
En France, les chiffres sont alarmants : un enfant subit des violences sexuelles toutes les trois minutes, et un enfant décède tous les cinq jours des suites de violences intrafamiliales. Face à cette réalité tragique, l'association L'Enfant bleu a développé un nouvel outil de prévention baptisé le respectomètre. Cet instrument pédagogique, inspiré du violentomètre destiné aux femmes, vise à donner aux enfants les repères nécessaires pour identifier les situations dangereuses et demander de l'aide.
Un marque-page qui sauve des vies
Isabelle Debré, présidente de l'association L'Enfant bleu, explique la nature de cet outil innovant : « Le respectomètre est un outil de prévention gratuit que nous avons imaginé avec l'aide de nos psychologues, bénévoles et juristes. Il prend la forme d'un petit marque-page qui aide l'enfant à distinguer les 'secrets bonbons' des 'secrets poisons'. » Le concept est simple mais puissant : les secrets qui font sourire peuvent être gardés, tandis que ceux qui rendent triste ou font peur doivent absolument être partagés avec un adulte de confiance.
Du vert au rouge : un code couleur pour la sécurité
À l'instar de son prédécesseur le violentomètre, le respectomètre utilise un code couleur progressif allant du vert au rouge. Le vert représente les situations où le respect est présent et où l'enfant se sent en sécurité. Les couleurs orange et rouge apparaissent progressivement lorsque des situations de violences physiques ou psychologiques se mettent en place. Cet outil visuel permet aux enfants de prendre conscience de ce qu'ils vivent, ce qui n'est pas évident car beaucoup normalisent ces situations lorsqu'ils y baignent depuis toujours.
Des actions concrètes pour les enfants en danger
Une fois qu'un enfant a identifié qu'il se trouve dans une situation dangereuse, le respectomètre lui indique les démarches à suivre. « Nous incitons les enfants à prévenir un adulte de confiance ou à composer notre numéro [01-56-56-62-62] ou le 119, celui de l'enfance en danger », précise Isabelle Debré. L'outil explique également comment reconnaître un adulte de confiance : un parent non maltraitant, un enseignant ou même un copain.
Un accompagnement complet pour les victimes
Lorsqu'une situation violente est signalée à l'association, un protocole individualisé est mis en place. L'enfant bénéficie alors d'une psychologue et d'une écoutante spécialement formée, ainsi que d'une juriste qui s'occupe de son dossier. En cas d'urgence, l'association fait un signalement à la cellule départementale de recueil des informations préoccupantes (Crip). Cet accompagnement psychologique et juridique complet vise à offrir un soutien maximal aux jeunes victimes.
Une diffusion massive auprès des enfants
Le respectomètre est inséré dans cinq titres des magazines Bayard Jeunesse : « Astrapi », « J'aime lire », « J'aime lire Max », « Youpi » et « Images Doc ». Ainsi, les 300 000 enfants abonnés à ces publications le recevront automatiquement. L'association, qui dispose désormais de l'agrément national, intervient également dans les écoles, de la maternelle au collège, pour distribuer cet outil dans des kits de prévention.
Un outil pour les enfants et les adultes
Isabelle Debré souligne que le respectomètre ne s'adresse pas seulement aux enfants : « C'est aussi un moyen de communication entre petits et grands. Si 80% des violences sont commises au sein du foyer, 20% le sont en dehors de la maison. Les adultes confrontés à ces situations, notamment dans le cadre de leur travail, ne savent souvent pas quoi dire ou quoi faire. » Les enseignants, psychologues et acteurs du périscolaire pourront ainsi s'appuyer sur cet outil pour dialoguer avec les enfants sur ces sujets difficiles.
Des ambitions nationales pour cet outil innovant
La présidente de L'Enfant bleu exprime ses attentes concernant cette initiative : « Nous voulons que les enfants, dès le plus jeune âge, puissent évaluer si leur situation est acceptable ou non, et qu'ils sachent que des solutions existent. Il est nécessaire que les pouvoirs publics s'en emparent, que les collectivités nous en demandent, et que l'État s'en serve. » L'association distribue déjà cet outil à tous ceux qui en font la demande, avec l'espoir qu'il devienne un instrument de référence dans la lutte contre les violences faites aux enfants.



