Sans-abri et hyperconnectés : le smartphone, outil de survie dans la rue
Sans-abri et hyperconnectés : le smartphone, outil de survie

Sans-abri et hyperconnectés : le smartphone, outil de survie dans la rue

Six heures par jour. C'est le temps que Vincent, un Lillois de 32 ans vivant dans la rue, consacre à son téléphone portable, un Samsung Galaxy A8. Malgré son aversion initiale pour cet objet – « À la base, j'ai horreur de ça ! Si je n'en avais pas besoin, je n'en aurais pas, c'est sûr » –, le trentenaire reconnaît son caractère indispensable dans son quotidien précaire.

Un outil vital pour l'administratif et le lien social

Le smartphone est devenu le compagnon numérique obligatoire des personnes sans domicile fixe. Vincent explique : « Je n'ai pas le choix si je veux garder le lien. Et dans la rue, le téléphone est vraiment indispensable : de nos jours, tout se fait sur téléphone, toutes les démarches administratives, les impôts, France Travail… » Grâce à son appareil, il peut suivre ses rendez-vous avec son conseiller RSA, consulter les offres d'emploi, ou contacter le 115 pour espérer un hébergement d'urgence.

Il précise : « La personne qui a un toit sur la tête toute l'année ne s'en rend même plus compte, mais elle fait tout son administratif, toute sa paperasse sur ordinateur. Dans la rue, on n'a pas ce luxe de pouvoir se balader avec un ordinateur… » Une réalité confirmée par l'étude « Précarité connectée » (2019) de l'association Solinum, qui révèle que 91 % des personnes sans domicile fixe possèdent un téléphone portable et 71 % un smartphone.

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Garder le lien avec sa fille et la communauté

Au-delà des démarches pratiques, le Samsung Galaxy A8 de Vincent lui permet de maintenir un lien précieux avec sa fille de cinq ans, qui vit chez sa mère près de Lille. « On s'appelle tous les matins en visio avant qu'elle parte à l'école », raconte-t-il. Il ajoute, ému : « Ce qu'il y a de plus précieux dans mon téléphone, ce sont les photos de ma fille, le reste, je peux faire sans ! »

Vincent utilise également l'application Entourage, qui facilite les connexions entre personnes en situation de précarité et riverains. « Ça me permet de tisser du lien, de rester connecté avec d'autres personnes », détaille-t-il. C'est d'ailleurs le comité Entourage qui lui a fourni son téléphone et son forfait mobile.

Des usages quotidiens et une critique paradoxale

Le soir, une fois installé dans un coin à l'abri, Vincent utilise son smartphone – maintenu chargé grâce à une batterie externe – pour regarder des films sur des plateformes de streaming, « surtout des mangas ! ». Il commande aussi des vêtements bon marché sur des sites comme Temu, qu'il se fait livrer en point relais.

Pourtant, cet utilisateur assis reste critique : « Honnêtement, je pense que la fin du téléphone serait la meilleure chose au monde pour tous : en terrasse, je vois systématiquement des groupes de quatre ou cinq personnes où chacun est sur son téléphone… Les gens ne se parlent plus, ne se regardent plus, ils sont hypnotisés. Le téléphone a vraiment détruit le lien social. »

Vincent souligne cette contradiction : alors que son appareil lui permet de maintenir des liens essentiels, il observe avec tristesse comment ces mêmes outils isolent les autres dans l'espace public.

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