La précarité étudiante explose à Montpellier malgré les dispositifs d'aide
Face à l'inflation persistante et à la flambée des loyers, la précarité étudiante connaît une aggravation préoccupante en France. À Montpellier, cette réalité se manifeste quotidiennement dans les restaurants universitaires qui affichent complet chaque midi, révélant un pouvoir d'achat en berne malgré les repas à 1€ pour les boursiers et les diverses aides du Crous.
Les restaurants universitaires saturés, reflet d'une détresse grandissante
Chaque jour, le restaurant universitaire du Triolet est pris d'assaut. Les étudiants font la queue en groupe pour accéder aux repas à 3,30€ ou à 1€ pour les bénéficiaires de bourses. "Il y a encore deux ou trois ans, on trouvait des places sans problème", témoigne Anaëlle, 23 ans, étudiante en master de biologie à l'université de Montpellier. "Avant je prenais le temps de manger chez moi le midi, maintenant c'est plus rentable ici", constate-t-elle, soulignant l'attractivité économique croissante de ces établissements.
Dans le brouhaha de la cafétéria, les inquiétudes financières sont palpables. "Est-ce que j'ai encore de l'argent sur ma carte Izly ?", s'interroge un étudiant alors que le mois n'est qu'à moitié écoulé. Paul, 19 ans, boursier qui reçoit 200€ mensuels de ses parents, confirme la difficulté : "Je suis boursier et mes parents me donnent 200€ par mois, ça reste compliqué malgré tout." Logé au Crous pour 320€ par mois, il avoue avoir terminé septembre avec un compte bancaire dans le négatif et devoir restreindre ses loisirs.
"Je serais obligé de sauter au moins un repas par jour"
Abdoul, étudiant sénégalais de 22 ans en licence de chimie, incarne cette précarité extrême. "Je viens manger au RU chaque jour, je suis obligé pour survivre", explique-t-il. Boursier et logé au Crous pour un peu plus de 300€ dans un T1, il complète ses revenus par un emploi de caissier à temps partiel. "Je pense que sans mon emploi de caissier, je serais obligé de sauter au moins un repas par jour", révèle-t-il, soulignant l'insuffisance des aides financières.
Cette réalité est confirmée par les statistiques. Selon une étude de l'Ifop réalisée en 2024, plus d'un tiers des jeunes déclare sauter souvent ou occasionnellement un repas par manque d'argent, soit sept points de plus que la moyenne nationale. Lise, 19 ans, étudiante en arts, vit cette situation : "Je n'ai pas le choix. Ça m'arrive quelques fois par semaine. Parfois, c'est le midi, d'autres fois, c'est le soir. Mon corps s'y est habitué".
La double précarité : alimentaire et hygiénique
Au-delà de la simple question alimentaire, la précarité étudiante à Montpellier prend des formes multiples. Lise évoque également les difficultés pour se procurer des protections hygiéniques : "Il y a des distributions de tampons ou de serviettes hygiéniques mais parfois ça ne suffit pas", raconte-t-elle, avouant même louper des cours pour cette raison. Un phénomène qui, selon les données de l'État, touche près de quatre millions de personnes menstruées en France, particulièrement les jeunes.
Non boursière, Lise ne peut prétendre aux logements du Crous et paie 450€ pour un studio d'à peine plus de 20 m². Comme de nombreux étudiants montpelliérains, elle fréquente les distributions alimentaires organisées par le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum), preuve que les dispositifs officiels ne suffisent plus à endiguer la précarité.
Une situation qui s'aggrave malgré les mesures de soutien
Malgré les repas à prix réduits dans les restaurants universitaires, les aides du Crous et les diverses initiatives solidaires, la précarité étudiante continue de s'aggraver à Montpellier. Entre les loyers prohibitifs, l'alimentation devenue un poste de dépense critique et les frais du quotidien, de plus en plus de jeunes peinent à joindre les deux bouts pour poursuivre leurs études dans des conditions dignes.
Cette situation alarmante interroge l'efficacité des politiques de soutien aux étudiants et souligne l'urgence de mesures plus adaptées face à l'inflation galopante et à la crise du logement qui frappent particulièrement les villes universitaires comme Montpellier.



